| Le Matin - 07 février 1926 |
LES TEMPÊTES SONT-ELLES CAUSÉES PAR LES TACHES DU SOLEIL?
OUI, PEUT-ÊTRE BIEN
Au bon vieux temps, quand l'humanité n'était pas encore parvenue à cet idéal de sagesse et de bonheur où nous la voyons aujourd'hui, on attribuait aux, comètes une influence maléfique. Aujourd'hui, les comètes sont dépossédées de ce prestige diabolique. C'est maintenant aux taches du soleil qu'on a tendance à attribuer les ennuis et catastrophes qui d'aventure nous adviennent.. Et ce qu'il y a de plus surprenant là-dedans, c'est que cette attribution n'est pas tant absurde qu'on pourrait l'imaginer.
Les récentes et nombreuses tempêtes qui se sont produites un peu dans toutes les mers, et singulièrement dans l'Atlantique, et dont l'intensité fut anormale, ont coïncidé avec une abondance non moins anormale de taches sur le disque doré du soleil. Depuis quelques semaines, celui-ci en est tout troué. En décembre et en janvier notamment on a vu apparaître, puis réapparaitre (car le globe solaire tourne par rapport à nous en 25 jours environ) un groupe de taches gigantesques. L'une d'elles en particulier a été et sera peut-être de nouveau ce mois-ci visible à l'œil nu... à condition que cette nudité soit protégée par un verre fumé. Elle occupait une surface égale à un quatre centième de celle du soleil. C'est-à-dire que son diamètre était d'environ 75.000 kilomètres et que la terre tout entière eût pu s'engouffrer facilement dans cette formidable cavité sans en effleurer les bords.
Il est maintenant prouvé que les taches du soleil sont des sortes de cyclones gigantesques qui s'élèvent sur lui en tourbillonnant. Quant à une relation des taches solaires et de nos tempêtes, elle paraît assez bien prouvée. Il y a bien longtemps déjà, le Dr Meldrum, directeur de l'observatoire de l'ile Maurice, a montré que le nombre annuel des cyclones dans la région des fles Mascaraignes, qui est une zone où ces phénmènes sont fréquents, suit exactement les mêmes variations que le nombre des tachés solaires. Encouragés par ces premiers résultats qui, ne sont guère contestés, d'autres statisticiens ont recherché et ont cru trouver -cherche et tu trouveras!- Un synchronisme analogue entre les taches solaires et les apparitions du choléra asiatique... ou les crises commerciales.
Nous nous en tiendrons, nous, au résultat qui dans ce domaine nous paraît le mieux établi et qui lui est par ailleurs, et jusqu'à nouvel ordre du moins à l'abri des fluctuations politiques: l'action des taches solaires sur les tempêtes.
Et maintenant la question se pose comment, par quel mécanisme ces phénomènes de notre atmosphère peuvent-ils être déclenchés par les perturbations qui, à 150 millions de kilomètres d'ici, convulsent la surface et l'atmosphère du soleil ?
Dans les orages de la surface solaire, comme dans les nôtres, il y a émission abondante d'ondes électriques. Celles-ci, en parvenant dans l'air des régions supérieures de notre atmosphère, augmentent sa température et sa conductibilité, et le rendent ainsi plus propre à condenser la vapeur d'eau. D'autre part, la surface incandescente du soleil, comme tous les corps incandescents - et notamment comme le filament de ces lampes de T. S. F. si précieuses aux sans-filistes doit émettre en abondance des «électrons» lancés à grande vitesse, c'est-à-dire des petites particules chargées d'électricité négative et qui constituent les rayons cathodiques.
Les rayons cathodiques émis par le soleil doivent être plus intenses quand des taches agitent sa surface, parce que ces taches s'entourent de facules qui sont des surélévations de la photosphère lumineuse, des sortes de montagnes incandescentes qui, montant très haut dans l'atmosphère solaire, nous envoient des «électrons» soustraits à l'absorption de cette atmosphère, Or, ces électrons solaires ne tombent pas également sur toute la nôtre. Ils sont concentrés dans nos régions polaires, parce que la terre est un aimant et que les aimants attirent les «électrons» vers leurs pôles. Ainsi les régions polaires de la terre, qui jouent un rôle important, comme centres d'action, dans les mouvements de notre atmosphère, reçoivent des taches solaires un afflux exceptionnel d'«électrons» qui les échauffent, y provoquent des condensations et doivent nécessairement pertuber la situation météorologique. «Et voilà pourquoi votre fille est muette.» Et voilà pourquoi les astrophysiciens ne le sont pas, lorsqu'on leur demande s'il est possible que les taches solaires engendrent chez nous les tempêtes. A cette question, la réponse est: «Oui, peut-être bien.» Charles Nordmann.
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