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L'Oeuvre - 14 février 1926


LOeuvre 1926 02 14  Combien darbres avons nous plantés

Combien d'arbres avons-nous plantés?

Gardons-nous de ressembler à ce pauvre oiseau vaniteux et halluciné, qui, disait Jaurès, «lorsqu'il se pose sur une branche, pense avoir créé l'arbre»; mais, quand Piot, l'autre mois, eut la bonne et juste idée de rappeler quelle «œuvre» représentaient nos «campagnes» de l'année, il eut bien raison d'insister sur celle que nous avons entreprise contre le déboisement et dont l'origine remonte déjà, si l'on compte bien, à plus de vingt ans. C'est peut-être le meilleur exemple que nous pourrions offrir de cet effort lent, patient, obstiné, dont un journal est capable, s'il a de la suite et de la ténacité dans les idées.

Premier résultat : tous les confrères, aujourd'hui, plaident avec nous la même cause, et nous lisons avec le même plaisir l'article de vulgarisation poétique de l'Intransigeant sur le rôle bienfaisant de la forêt, et, dans le Figaro, les strophes ironiques du poète Hugues Delorme.
Est-ce là tout ce qui vous contente? demandera quelque sceptique. Hugues Delorme n'arrête pas plus que Ronsard le bras du bûcheron, et justement il déplore que le Parlement reste sourd à tant d'appels pour sauver les quelques arbres qui nous restent.
Il est vrai; jamais campagne ne fut plus unanime et plus retentissante; jamais elle n'eut moins d'effet. Ici commence la seconde partie de notre tâche. Si belle et si bonne qu'elle soit, la forêt n'a aucun intérêt électoral: il faut maintenant que les amis des arbres s'ingénient à leur en donner un. Comment ? Lorsqu'une forêt est condamnée à mort, ne serait-il pas possible d'organiser dans le pays des protestations, qui feraient honte aux élus et les induiraient à intervenir? Inversement, si nous cherchons querelle, même par voie d'affiches, à ceux qui négligent l'arbre, ne convient-il pas de faire fête à ceux qui s'en occupent?
Nous avons dit, l'autre matin, la proposition faite par M. Solignat aux Amis des Arbres, section d'Auvergne :
Si, pour donner le bon exemple, a dit M. Solignat, la section créait elle-même une forêt ?
Hardie et heureuse suggestion ! Mais quelles que soient les sympathies qui l'accueillent, quelles chances a-t-elle de prendre corps? Dans quelle mesure le Conseil général consentira-t-il à faire l'idée sienne?
Voilà tantôt vingt ans que nous entendons annoncer le reboisement, ou, si l'on préfère, le boisement du plateau de Millevache. Où en est ce projet ? N'y a-t-il pas en France nombre de régions incultes où l'on pourrait tenter avantageusement la même expérience? Car il ne s'agit pas de convier les bonnes âmes à une œuvre philanthropique. Un reboisement, qui permettrait une exploitation rationnelle des forêts, pourrait être à long terme une excellente affaire. Et comment ne s'est-il pas trouvé un ministre intelligent pour lier cette question du reboisement à celle du papier, toujours stupidement posée ? Il y faudrait sans doute des hommes capables de concevoir et de mettre sur pied une entreprise «de longue haleine». C'est beaucoup demander à nos hommes d'Etat qui généralement ne prévoient rien au delà des prochaines élections. Mais la durée et la continuité même de l'effort lieraient le nom de l'ouvrier à celui d'une grande œuvre d'intérêt public. N'y a-t-il point là de quoi tenter un ambitieux véritable?
S'il n'y a plus chez nous d'hommes pareils, la France, même victorieuse, n'est plus qu'une contrée de troisième zone.

Gustave Téry


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