| Le Petit Journal illustré - 14 février 1926 |
Entre nous
La disparition d'un fusil-mitrailleur, à la manufacture d'armes de Châtellerault, a inquiété l'autorité militaire et la police. On recherche le coupable. Cependant, tous ceux qui ont fait la guerre ont profité de l'occasion pour évoquer leurs vieux souvenirs. A ceux-ci, il est inutile de rappeler ce qu'étaient les armes dont ils eurent à se servir. Par ailleurs, il existe encore d'autres Français qui ont
vu l'autre guerre, celle de 1870, et se souviennent peut-être de la première mitrailleuse utilisée dans l'armée française, celle de l'Américain Gatling.
La Gatling figura à l'Exposition universelle de 1867, fit quelques rapides apparitions au cours de la campagne contre la Prusse et fut surtout employée pendant le second siège de Paris, en 1871.
Mais il est curieux de rappeler que l'idée de la mitrailleuse, depuis les temps les plus anciens, a toujours hanté l'esprit des hommes de guerre... et même des autres. Parmi ceux-ci qui le croirait ? on compte Voltaire.
Oui, Voltaire le pacifiste imagina une espèce de mitrailleuse. Lui-même s'en est expliqué dans, une lettre au maréchal de Richelieu :
« Je ne suis pas du métier, dit-il, mais je crois qu'il y a une arme, une machine bien plus sûre, bien plus redoutable... J'ai dit mon secret à un officier, ne croyant pas lui dire une chose importante et n'imaginant pas qu'il pût sortir de ma tête un avis dont on pût faire usage dans ce beau métier de détruire l'espèce humaine. Il a pris la chose sérieusement, il m'a demandé un modèle, il l'a porté à M. d'Argenson, on l'exécute à présent en petit; ce sera un fort joli engin; on le montrera au roi. »
L'officier en question était Florian, poète à la fois et militaire.
«Donnez-nous le plaisir, écrivit de nouveau Voltaire au maréchal, donnez-nous le plaisir, je vous prie, de vous faire rendre compte par Florian de la machine dont je lui ai confié le dessin. Il l'a exécutée. Il est convaincu qu'avec six cents hommes et six cents chevaux, on détruirait en plaine une armée de dix mille hommes. »
Mais il faut croire que le maréchal ne fut pas enthousiaste de l'invention. Il ne répondit pas à ces invites pressantes, et les armées de Louis XV n'eurent jamais à se servir de la mitrailleuse Voltaire.
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