| L'Oeuvre - 14 février 1926 |
LA RUSSIE ET LA PROCHAINE CONFÉRENCE DU DÉSARMEMENT
M. Tchitcherine n'entend point désarmer vis-à-vis de la Société des Nations
Il maintient aussi ses préventions contre Genève
Moscou, 13 février. On publie la réponse du gouvernement soviétique, signée de M. Tchitcherine, à l'invitation du Conseil de la Société des Nations de participer à la commission préparatoire du désarmement.
M. Tchitcherine indique que le gouvernement soviétique a déclaré qu'il attribue une si haute importance à toute tentative faite pour diminuer le danger de la guerre et alléger le fardeau des armements pesant sur les peuples, qu'il est prêt à prendre part à toute conférence convoquée dans ce but.
Quant à la présente invitation, M. Tchitcherine fait la même déclaration, en relevant en même temps que cette déclaration ne comporte aucunement l'adhésion du gouvernement soviétique aux conclusions de la Société des Nations relatives aux problèmes du désarmement.
Si le gouvernement soviétique se décide, dans un but humanitaire, à se faire représenter à une réunion semblable, convoquée par la Société des Nations, cela ne veut pas dire que son attitude négative vis-à-vis de cette dernière ait quoi que ce soit de changé.
«Le gouvernement soviétique, continue M. Tchitcherine, ne peut que regretter qu'une réunion se proposant un but aussi universel que le désarmement général soit convoquée par un organisme comme la Société des Nations, non reconnu par beaucoup d'Etats.»
M. Tchitcherine exprime sa stupéfaction de ce que le Conseil de la Société des Nations, tout en reconnaissant désirable la participation de l'U. R. S. S. à la Conférence ait en même temps indiqué Genève comme lieu de réunion de la commission préparatoire, excluant ainsi de fait toute possibilité de participation de l'U. R. S. S. à cette commission.
Le Conseil ne peut pas ignorer les nombreuses déclarations du gouvernement soviétique concernant l'impossibilité d'envoyer ses délégués en Suisse tant que son conflit avec le gouvernement suisse se rattachant à l'assassinat de M. Vorovski n'est pas terminé.
M. Tchitcherine rappelle que le gouvernement soviétique refusa d'envoyer en Suisse des délégués à la commission préparatoire du désarmement sur mer, qui se réunit ensuite en Italie.
L'attitude du gouvernement suisse contribua largement à créer l'atmosphère qui rendit possible l'acquittement des meurtriers de M. Vorovski. L'impunité des assassins signifie la mise hors la loi des citoyens soviétiques, surtout des délégués soviétiques officiels.
On ne peut que regretter que le Conseil de la Société des Nations n'ait pas pris en considération ces faits, quand il a fixé le lieu de la convocation de la commission. Il est possible que Genève soit pour la Société des Nations, au point de vue technique, le lieu le mieux approprié pour les travaux de la commission, mais la Société des Nations ne peut pas exiger des Etats invités qu'ils fassent dépendre leur politique vis-à-vis des autres puissances des besoins techniques de la Société des Nations. On pourrait croire que la participation à la commission d'un si grand Etat que l'U.R.S.S. devrait peser plus lourd que les arguments relatifs aux commodités techniques de la Société des Nations.
M. Tchitcherine déclare catégoriquement. que le gouvernement soviétique, en saluant chaque initiative de tentative visant au désarmement, désire sincèrement participer à la Conférence et à la commission préparatoire; il doit constater néanmoins l'impossibilité d'envoyer ses délégués en Suisse avant la solution du conflit.
Le gouvernement soviétique doit reconnaître qu'il sera ainsi privé de la faculté de participer à la commission préparatoire, si elle n'est pas convoquée en un autre endroit le gouvernement soviétique rejette sur le Conseil de la Société des Nations la responsabilité du fait qu'il aura été écarté de la participation à cette commission.
| retour 14 février 1926 |







































































