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La Justice - 14 février 1926


La Justice 1926 02 14 Empire romain

L'Empire romain

M. Mussolini a un sens incontestable de la grandeur verbale. Il sait parler aux foules. Il a le geste et le mot qui portent. Dans une ville plus évocatrice de grandeur qu'aucune autre, M. Mussolini sait mettre son langage à l'échelle des monuments. Lorsqu'il parte d’égalité, il emprunte la langue de Tite-Live. Lorsqu'il annonce la disparition de quelques lignes de tramways, on s'étonne qu'il ne parle pas le latin.
Ce sens de la noblesse est, surtout en Italie, un admirable moyen de gouvernement. Même lorsqu'il imite comme dans sa création de l'Académie d'Italie, le dictateur flatte l'instinct de son peuple, qui n'est pas sans motif l'héritier direct de Rome et de la Renaissance. Cette volonté ardente d'être digne, à la fois de la gloire passée de l'Italie et de ses destinées futures, est, peut-être, le trait le plus sympathique du fascisme. Il a réveillé un peuple qui souffrait de sa torpeur.
Malheureusement - et ceci est peut-être inévitable - il y a dans cette recherche de noblesse une dose considérable de mégalomanie. La vraie grandeur n'est pas voulue, à peine consciente. La grandeur qu'on décrète et qu'on proclame est artificielle.
M. Mussolini a décidé, dit-on, de transformer l'Italie en un empire. Quel empire ?
L'empire de César ou d'Auguste ? Certainement non. L'empire romain n'a jamais été proclamé. Pendant des siècles, il s'est modestement dissimulé sous le masque de la république. Il n'a pas été voulu. Il est devenu, peu à peu, lentement, par l'effort inconscient de dix générations. Rome a eu cette chance unique de se trouver, géographiquement et historiquement, entre le monde oriental en pleine décadence et le monde barbare encore chaotique. Cette chance a duré deux siècles. Elle ne se reproduira pas.
L'Empire de Dioalétien, d'Aurélien et de Théodose ? L'Empire décadent, encore brillant, mais miné au dedans et battu au dehors, que rien ne soutenait plus, ni la discipline, ni la foi ? L'Empire vermoulu du IVe siècle qu'un coup d'épaule des Germains a jeté par terre ? Est-ce là l'ambition de M. Mussolini? Il ne suffit pas de dire: Empire romain pour évoquer César. Il ne suffit pas de se proclamer imperator pour être vainqueur. Il y faut d'autres conditions. Sont-elles remplies?
M. Mussolini sait que le véritable Empire romain est mort et qu'on ne le ressuscitera pas. Il ne veut pas en faire la parodie. S'il emprunte ses formules au latin, c'est pour mieux se faire comprendre. Mais il prend ses exemples dans le monde moderne. Ce qu'il veut, c'est, si l'on peut dire, un second Empire.
Deux fois, au cours du XIXe siècle, on s'est servi du titre d'empereur pour s'affirmer et se grandir. La première fois, ce fut Napoléon III; la seconde fois, ce fut Bismarck. L'Italie actuelle emprunte certains traits à ces deux régimes. Car le rôle du dictateur ne comporte pas beaucoup de variantes.
A Bismarck, M. Mussolini a pris une partie de son vocabulaire : «L'Allemagne craint Dieu et rien d'autre au monde !» Il lui a pris la théorie de la place au soleil, et l'éloge de la discipline. L'idéal mussolinien, qui est une déification, de l'Etat et une soumission absolue de l'individu à la volonté collective, exprimée par un seul, est un idéal purement bismarckien. Il n'est pas sans humour de voir les mêmes gens qui ont tonné, pendant tant d'années, contre l'étatisme allemand, trouver fort bon le catéchisme fasciste.
On dira, sans doute, que l'impérialisme italien ne ressemble en rien à l'impérialisme allemand. Nous voulons le croire. Mais est-on bien certain que les peuples saisissent ces nuances ? Croit-on, lorsque M. Mussolini parle de la grandeur de l'Italie et de la nécessité, pour elle, d'avoir des débouchés que le peuple itahen ne mette pas, dans ces mots, le même sens que le peuple allemand ?

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