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La Justice - 14 février 1926


Napoléon III, M. Mussolini a emprunté surtout ses formules de gouvernement, Il est condescendant à l'Eglise. Il fait du socialisme — contre les socialistes. Surtout, il est autoritaire. Il a horreur de l'opposition. C'est là le côté faible de sa dictature. Les régimes sûrs d'eux-mêmes ne craignent pas la critique. On n'anéantit pas la presse libre lorsqu'on n'a rien à cacher. Aujourd'hui, il n'y a plus, en Italie, que trois journaux non fascistes l'Avanti, la Voce Republicana et l'Unita. Tout le reste marche au doigt et à l'œil, Ce n'est pas une force pour un régime que d'être incontrôlé — c'est une faiblesse, Car c'est ainsi que naissent, entre le pays et ses chefs, les divorces irrémédiables. Cependant, ce n'est pas là ce qu'il y a, dans le régime mussolinien, de plus grave.
Le plus grave, c'est que, sous prétexte de détruire l'opposition, il n'a fait halte devant aucune force organisée de la nation. Il a détruit la liberté d'association, c'est-à-dire les associations. Le syndicalisme, devenu la base de l'Etat, est officiel et peut-être quelques idées fécondes. Mais semblable régime, une certaine grandeur. On a détruit l'autonomie communale dans un pays qui a puisé une partie de sa vitalité, notamment en matière artistique, dans les fortes traditions de ses communes et dans sa décentralisation morale. C'est un crime contre l'âme italienne, dont on ne verra que peu à peu les redoutables conséquences.
L'effort de M. Mussolini consiste à concentrer dans les mains de l'Etat tous les pouvoirs. Et c'est là ce qu'admirent, en Europe, certains libéraux! On comprend les âmes des petits enfants presque au berceau, pour les former, dans les balille, à la discipline fasciste. On comprend les Âmes des citoyens, auxquels on impose une presse uniformément laudative. Les sociétés sont sous le contrôle des autorités. Les fonstionnaires non fascistes y compris les professeurs d'Université et les magistrats peuvent être destitués et le sont en pratique. Les émigrés pour raisons politiques sont privés de leur nationalité. La milice fait régner la terreur sur les sus- n'admirent, n'acclament et ne louent pas. Nous ne nions pas qu'il y ait, dans un c'est, au fond, un régime fragile. Car rien n'existant en dehors de l'Etat, les crises de l'Etat, qui sont, par expérience, inévitables, atteindront le pays dans son essence même.
Ce ne serait rien encore, si l'Etat lui- même n'était pas centralisé à l'extrême. Mais l'Etat, c'est un homme, On a supprimé la séparation des pouvoirs. Le gouvernement s'est fait aftribuer le pouvoir législatif. Dans le gouvernement, le premier ministre s'est fait attribuer tous les pouvoirs. C'est ainsi que l'Italie repose auJourd'hui sur la force, sur la pensée, sur la volonté, sur la vie d'un seul homme. Malheur à elle si cet homme venait à disparaitre !
M. Mussolini, on le voit, n'exagère pas lorsqu'il parle de la révolution fasciste. Son régime est essentiellement révolutionnaire. Il est plébiscitaire, si l'on entend par là qu'il repose sur l'adhésion de la majorité. Il est surtout personnel. Et c'est par ce triple caractère, révolutionnaire, plébiscitaire et personnel auquel on pourrait ajouter la fragilité qu'il a vraiment droit au titre d'impérial.


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