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La Lanterne - 14 février 1926


v La Lanterne 1926 02 14  Les faits et les idées, reforme du Parlement

LES FAITS ET LES IDÉES
REFORME du Parlement ?
par Pierre DOMINIQUE

Notre ami André Fribourg vient, dans le Matin, de reprendre la discussion d'une proposition de loi qu'il avait soutenue en 1924 à la tribune de la Chambre. Il s'agirait de prolonger le mandat de député de deux ans de sorte que la Chambre serait élue pour six ans avec renouvellement tous les deux ans par tiers.
Or, mon cher Fribourg, quand au début de 1924 vous proposiez cela, vous aviez raison; quand au début de 1926 vous revenez à vos moutons vous n'avez certes point tort, mais votre proposition nous paraît aussi inutile que celle qui consisterait par exemple à donner un uniforme à M. Doumergue et un autre à M. Briand.
Certes, il y aurait un grand intérêt si le Parlement remplissait son office, à ce que, les majorités ne variant que lentement, une certaine continuité fût assurée. La République a déjà fait l'expérience de ce système au temps du Directoire, et elle le fait depuis longtemps au Sénat. Un tel système évite les brusques renversements d'opinion, réduit au tiers de sa puissance l’emballement d'une foule, interdit toute dictature du genre boulangiste, c'est-à-dire tendant à s'affirmer par l'élection. Il serait encore meilleur que cette Chambre ne fût élue que par sixième et voilà un système qui réduirait encore davantage la détestable fièvre électorale.
Mais, mon cher Fribourg, ce beau travail n'est pas le travail du moment. Votre effort peut passer pour une tentative de sauvetage du Parlement dont les parlementaires vous seront peut-être reconnaissants, c'est vrai, mais voyez-vous, ce qui est actuellement en cause, ce sur quoi délibère actuellement le peuple dans le secret de son cœur, ce n'est pas sur une réforme possible du Parlement, c'est sur l'existence, je le crains, du Parlement lui-même.
Qu'une assemblée doive exister et agir, d'accord, mais celle dont nous suivons les ébats est condamnée dans son rôle, dans ses méthodes, dans son origine et sa composition.
Dans son rôle : il s'agit en effet pour la majorité des Français de réaliser cette formule : l'assemblée est organe de contrôle et non de gouvernement. Or, en quoi le renouvellement par tiers et l'élection pour six ans réduiront-ils le Parlement à son rôle de contrôleur ?
L'assemblée est condamnée dans sa méthode : les Français sont en effet exaspérés de voir six cents personnes s'insulter dans le plus effrayant tumulte et ne parvenir ni à mettre une loi debout, ni à voter le budget.
Or, en quoi le renouvellement par tiers et l'élection pour six ans forceront-ils le Parlement à changer ses méthodes de travail ?
L'assemblée est condamnée dans son origine et sa composition: il suffit de voir l'opposition que font en France tous les corps constitués, aussi bien les communes et les régions que les Chambres de commerce, coopératives, syndicats, fédérations de syndicats, groupements d'industriels ou d'agriculteurs pour se rendre compte que toutes ces républiques locales et corporatives ne se sentent pas représentées et regimbent
Or, en quoi le renouvellement par tiers et l'élection pour six ans feront-ils du Parlement le représentant autorisé de toutes ces forces neuves ?
Pardonnez-moi, mon cher ami, d'être un peu didactique. Mais il le faut. Ce que nous vous demandons, Fribourg, c'est de monter à la tribune du Parlement et de dire :
Messieurs, m'est avis que nous énervons singulièrement le pays. Nous voulons gouverner, nous nous contrôlons mal; nous n'avons aucune saine méthode de travail, ni même aucune méthode tout court; nous représentons des partis qui tous, de la droite à la gauche, sont périmés. (Murmures). Je vous propose donc de nommer un comité de salut public et de le prendre hors du Parlement (Cris : Démission ! A l'ordre !) parmi des gens, il en existe encore, qui ne séparent pas l'idée de République de l'idée de patrie. (Hurlements à l'extrême gauche et sur les bancs royalistes).
C'est entendu, mon cher ami, vous seriez obligé de descendre de la tribune sous les huées, mais la France vous devrait une fière chandelle. Et je sais bien que ce que nous demandons là paraît assez réformateur, mais il faut que cette réforme soit faite ou bien alors si le Parlement sacré, théologique et de droit divin ne se décide pas à la faire, le peuple...
Le peuple...?
-Eh oui, le peuple, l'homme de la rue ira de son coup de gueule, de son coup de main, que sais-je ? Et ce ne sera pas gai.
Vous me direz que nous sommes habitués aux révolutions. D'accord, mais c'est toujours une économie à faire. L'essentiel est, il est vrai, que ce jour-là vous ayez, au Parlement, la sagesse de répondre au lion populaire qui vous rugira ses ordres. Mais oui, bel animal, ne te fâche pas. Vox populi, vox dei. Tiens, voilà le Comité de salut public! Tiens, voilà l'Etat moderne. Je suis d'ailleurs tranquille. Cette sagesse vous l'aurez. Mais pourquoi ne pas l’avoir tout de suite ?

Pierre DOMINIQUE.


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