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Journal des débats - 14 février 1926


Journal des débats 1926 02 14 Scandale hongrois. Une lettre du comte Appolonyi

Le scandale hongrois
Une lettre du comte Apponyi

Nous recevons du comte Albert Apponyi la lettre suivante:

Monsieur le Directeur,
Permettez-moi de faire appel à votre loyauté, afin de rectifier l'impression que les commentaires, dont votre journal a bien voulu accompagner quelques-unes de mes observations sur la triste affaire des faux billets de banque, pourraient faire naître parmi vos lecteurs. Pour avoir établi une certaine connexité entre l'atmosphère de douleur nationale naissant du traité de Trianon, et, bien plus encore, de certains détails de son exécution (ou de sa non-exécution dans tout ce qui pouvait en atténuer les aspérités) et le crime des faussaires, je subis le reproche d'atténuer, sinon de glorifier le crime lui-même. On m'accuse en même temps d'être le fauteur d'une politique qui pourrait, si on n'y avisait, menacer la paix du monde. Je pense que vous serez d'accord avec moi, Monsieur le Directeur, que ce sont là des accusations qui dépassent les bornes de la controverse politique et contre lesquelles j'ai le droit de protester.
La recherche des causes éloignées de crimes d'une occurrence fréquente n'a rien d'extraordinaire; elle appartient au domaine régulier des études psychologiques sur la criminalité et sur les moyens de la combattre. Telle série de crimes naît de l'esprit révolutionnaire, telle autre de la superstition; une troisième de certains courants d'idées répandus par une littérature malsaine, et ainsi de suite. L'effet de ces causes éloignées reste, pour la masse des citoyens, dans les limites de la loi, mais il conduit à des actes criminels une minorité, plus considérable que d'habitude, de cerveaux détraqués et de caractères déséquilibrés. C'est en établissant ces symptômes de perversion morale et leur cause éloignée, et, c'est dans ce sens seulement, que j'ai cru devoir constater, dans l'intérêt de la vérité, l'influence d'une atmosphère politique de deuil national sur le crime des faussaires qui se disent «patriotes», comble de leur aberration. Je pense qu'il y a loin de là à vouloir pallier excuser le crime lui-même. Quant aux conséquences dangereuses que ce point de vue pourrait avoir pour la paix du monde, je me borne aux réflexions suivantes. En bonne logique, elles aboutissent à deux choses
1° la demande d'une exécution loyale, et,
2° de la revision finale du traité de paix qui nous a été imposé.
Ici, je n'ai certes pas l'espoir de me trouver d'accord avec vous, mais je me permets d'affirmer que ces demandes n'ont rien de contraire au respect du droit existant et aux intérêts de la paix.
Pour le n° 1, cela va sans dire; mais la demande de révision elle-même, lorsqu'elle est posée à l'exclusion de toute pensée de violence, rentre dans le cadre des traités, étant prévue et ayant sa procédure établie d'avance dans l'article 19 du Pacte de la S. D. N. Autre chose est la question d'opportunité; nous savons à quoi nous en tenir là-dessus et personne ici ne songe à mettre ce problème à l'ordre du jour dans un avenir prochain. Mais l'idée de révision en elle-même n'a rien d'illégal, ni d'inquiétant; on est en règle avec les traités en la proclamant, et, à mon avis (jamais je ne m'en suis caché), on servira la paix du monde, on rendra cette paix définitive, en l'exécutant lorsque le moment sera venu.
Telles sont les observations que je vous prie de bien vouloir reproduire dans votre journal, non certes dans l'intérêt d'une propagande politique contraire à vos idées, mais simplement, pour ne pas être présenté à vos lecteurs, et parmi eux à des personnes que je connais et à la bonne opinion desquelles je tiens, comme un fauteur de crime et un ennemi de l'ordre public. Je serais heureux si j'avais réussi à enlever quelque chose du venin à une controverse qui nous afflige profondément.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de ma haute considération.

ALBERT APPONYI.

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