| Journal des débats - 14 février 1926 |
Budapest, le 6 février 1926,
La lettre du comte Albert Apponyi, datée du 6 février, répond à notre article du 3. Notre article du 7 contenait des précisions et des éclaircissements. complémentaires qui permettaient de distinguer nettement le rôle du comte Albert Apponyi de celui de la bande des faussaires. Mais la lettre ci-dessus nous oblige à constater que, sur la question capitale du statu quo de l'Europe orientale, le comte Albert Apponyi pense de même que le comte Bethlen, M. Gomboes et le princé Windischgraetz. Il ne se sépare d'eux que sur les moyens. Il réclame une revision sans violence, tandis que les autres ne reculent ni devant la violence, ni devant le crime. Mais les hommes qui préconisent avec acharnement la revision du statut territorial de l'Europe, sans recourir toutefois à la violence, ne partagent-ils pas en quelque mesure la responsabilité des crimes commis par les gens exaltés ou dénués de scrupules afin de réaliser le dessein patriotique proposé comme but à tous les citoyens? S'il existe en Hongrie un état psychologique tel que le dépeint le comte Albert Apponyi, c'est-à-dire un état d'esprit favorable à la contagion du crime dit patriotique, le premier devoir des amis de la paix est de décourager les criminels par une répression rapide et vigoureuse.
A. G.
Les chefs de la police allemande à Paris
Le Dr. Abegg, directeur de la police au ministère de l'intérieur prussien, est depuis quelques jours à Paris. Il s'est mis en rapports avec les milieux français qui s'occupent de l'affaire des faux billets.
Les documents mis à la disposition du docteur Abegg lui ont démontré que l'affirmation française, suivant laquelle l'enquête de Budapest établit que certains milieux racistes allemands ont participé à l'affaire, ne peut pas, dit un télégramme de Berlin, être repoussée sans examen. Pour cette raison, les autorités allemandes ont décidé que le chef de la police criminelle de Berlin, le Dr. Weiss, partirait pour Paris afin de prendre part à l'enquête. Le Dr. Weiss a quitté Berlin hier soir. Un inspecteur français se livrera incessamment à une enquête à Dresde, Leipzig, Munich et Cologne, pour déterminer l'origine exacte de la presse et du papier qui ont servi à la confection des faux billets.
L'enquête à Budapest
Hier après-midi, la commission parlementaire d'enquête a interrogé successivement Kurz, conseiller général de l'Institut cartographique; Nadossy, ancien préfet de police, et, enfin, le conseiller général technique Geroe.
Les dossiers de la police ont été transmis au parquet.
La commission de l'immunité parlementaire a chargé le député Hodry de poursuivre son enquête au sujet d'indiscrétions commises en ce qui concerne les séances secrètes de la commission parlementaire.
D'autre part, le journal Abend, continuant ses indiscrétions sur les séances secrètes de la commission d'enquête, prétend que l'événement sensationnel de la séance d'avant-hier aurait été la déposition de Raba, le secrétaire du prince Windischgraetz. Raba aurait expliqué le rôle du chef des racistes, le député Goemboes, en affirmant que celui-ci avait assisté aux délibérations des faussaires et qu'il avait choisi personnellement les jeunes gens, membres des diverses associations patriotiques, dont Windischgraetz fit ses émissaires. Enfin, Raba aurait prétendu que c'était le comte Teleki qui aurait indiqué à Windischgraetz et Nadossy l'Institut cartographique comme étant l'imprimerie la mieux choisie pour la fabrication de faux billets.
Il est intéressant de rapprocher cette information des déclarations que, selon le Magyar Orszag, M. Goemboes a faites au dîner du comité raciste, au cours duquel il a préconisé la dissolution de la commission d'enquête en raison des indiscrétions commises.
Dans le Magyar Orszag, le député socialiste Farkas s'étonne du caractère inattendu d'une pareille suggestion et demande si M. Goemboes est d'avis que l'on ne doit pas faire une lumière totale.
Dans le Pesti Kurier, M. Farkas demande également si M. Goemboes serait par hasard compromis dans l'affaire des faux billets français.
| retour 14 février 1926 |






































































