| La Lanterne - 21 février 1926 |
LES POMMES ...du Voisin
La crise des domestiques a de beaux résultats :
Un de nos jeunes maitres du barreau, à ses heures de réception, a placé à sa porte une fort jolie soubrette. Elle sait introduire le client avec chic, et a un art tout particulier pour remettre au «cher maître» sur un plateau artistement gravé la carte du visiteur.
L'autre matin, un confrère vint le voir.
Tu as une camériste épatante ! Jolie, fine, élégante, distinguée... Je lui ai fait la cour pendant que je t'attendais et (on est de vieux amis, je ne dois rien te cacher) je lui ai donné rendez-vous pour ce soir, quatre heures, dans un thé et elle a accepté...
Le jeune maître pâlit.
A quatre heures, il suivit son trop entreprenant ami et eut la douleur de constater que sa camériste arrivait dans une toilette somptueuse au rendez-vous...
Il alla aussitôt trouver un avoué pour introduire une instance en divorce... La soubrette était sa propre femme !
(Cri de Paris.)
On n'a pas évoqué, lors de la mort d'Adolphe Willette, celle qui fut la Musette de ce Béranger du crayon, son modèle Christiane qui posa pour lui tant de Colombines.
Quand le dessinateur la quitta pour se marier, il lui fit le don magnifique de tous les originaux des dessins pour lesquels elle avait posé.
Et cela lui constitua une petite rente avec laquelle elle vécut dans l’aisance jusqu'à sa mort en sa paisible retraite de l'Isle-Adam.
Aux temps héroïques de la bohème, Willette, quand il avait gagné de l'argent, se faisait payer en monnaie sonnante et trébuchante, et rentrait les poches lourdes.
It présentait, en rentrant, à Christiane ses mains pleines:
-Tu vois, mon petit, tout le « pèze » que Pierrot a gagné.
Et soupesant les pièces dans la balance de ses mains, il en faisait deux parts égales et en remettait une à sa compagne :
Tiens, arrange notre vie avec ça...
Et il envoyait l'autre poignée d'argent rouler sous le lit.
| retour 21 février 1926 |







































































