| Comœdia - 21 février 1926 |
Une initiative en Sorbonne
Des automobiles remplacent les livres de Prix
Autrefois, les écoliers studieux rêvaient couronnes de papier verni, volumes dorés sur tranche, prix d'honneur noués d'une faveur bleue...
Ils rêveront maintenant chevaux-vapeur, cylindres, roulements à billes et servo-freins... Ainsi en a décidé le progrès, sous les auspices de la maison Peugeot et de l'Université de Paris.
C'est en effet à cette maison que revient l'initiative de cette idée à la fois habile et généreuse: offrir en guise de prix, à la fin de l'année scolaire, automobiles, motocyclettes et bicyclettes aux meilleurs étudiants et écoliers de France.
Cette idée se fixa, au cours d'un entretien de M. Lucien Rosengart, administrateur délégué de la maison Peugeot, avec M. Lapie, recteur de l'Université de Paris, et reçut exécution pour l'année 1924-25.
C'était hier la distribution des prix. L'amphithéâtre Richelieu servit de cadre à cette cérémonie bien moderne, qui groupait autour d'une même table, et dans une même pensée de collaboration, le recteur de l'Université, les représentants des ministres de l'Instruction publique, de la Marine, de la Guerre, des Travaux publics, de l'Enseignement technique, les chefs des grandes écoles et les chefs de la grande industrie.
M. Robert Peugeot, en une allocution très simple, exposa l'idée qui avait donné naissance à l'initiative généreuse de sa maison: aider au progrès et au développement de la vie saine chez les intellectuels. Le but poursuivi par ses collaborateurs et lui-même sera, dit-il, atteint, s'ils ont ouvert une voie où d'autres les suivront.
Après lui, M. Frantz-Reichel prend la parole en qualité de journaliste sportif pour rappeler l'enquête qu'il mena parmi les professeurs et instituteurs à l'occasion du «don Peugeot».
On pouvait craindre en effet que l'imagination des écoliers ne s'excitât fâcheusement autour de l'automobile ou de la bicyclette promise, au détriment même de la vie studieuse.
Les réponses à l'enquête furent toutes, favorables, et l'expérience a prouvé qu'elles avaient raison. M. Lapie, recteur de l'Unversité, en rappelant dans son discours, les scrupules qui avaient un instant retardé son acceptation, reconnut qu'ils étaient mal fondés, et rendit hommage à la valeur symbolique du geste accompli par un grand industriel qui «scelle l'alliance de l'éducation, physique et de l'éducation intellectuelle.».
Ce qu'il ne dit pas, mais laissa très finement entendre, c'est l'approbation que donnaient les forces intelligentes de la nation à cette forme pratique mais si bienfaisante de la publicité moderne.
M. Lucien Rosengart procéda ensuite à la lecture du palmarès: 21 voitures 5 C.V. sont réparties entre les étudiants et élèves des facultés et grandes écoles, 14 motocyclettes entre les élèves des arts et métiers, écoles nationales professionnelles et d'agriculture; 570 bicyclettes de luxe entre l'enseignement secondaire et l'enseignement primaire supérieur, enfin 1.209 bicyclettes de tourisme sont distribuées aux meilleurs élèves des écoles primaires de France.
Et, dans la cour de la Sorbonne, les « prix » alignés, font face, de tous leurs capots, de toutes leurs soupapes, au cadran séculaire et à l'inscription qui parle de Richelieu.
S. R
| retour 21 février 1926 |







































































