| La Lanterne - 21 février 1926 |
La bataille a brusquement commencé le 23 juin. Le soir, alors que Paris est couvert de barricades et que le sang a déjà coulé, Cavaignac, ministre de la guerre, raconte l'auteur, « trouve les couloirs pleins de députés qui discutent; d'autres dorment, étendus sur des canapés ; l'assemblée s'est déclarée en permanence. Pendant la bataille, que faisaient les représentants? Ils parlaient, s'agitaient, bourdonnaient, se disputaient et croyaient vaincre l'insurrection en flétrissant « les assassins ». Palabres sans fin. « On passe à la discussion des projets à l'ordre du jour : le rachat des chemins de fer, le crédit territorial. Personne n'écoute. Pour rassurer ses collègues, Flocon monte à la tribune et dénonce les prétendants et l'or de l'étranger », ce qui devait d'ailleurs, le lendemain, provoquer une protestation de l'ambassadeur d'Angleterre et quelque chose comme les excuses de notre ministre des affaires étrangères. Du 23 au 26 juin ce fut une bataille atroce : « Paris fut un charnier ; le 28 juin, au seul cimetière du Nord, un commissaire de police compta quinze tapissières pleines de corps empilés ; rue Blanche on était empoisonné par l'odeur des cadavres sommairement enterrés au cimetière Montmartre, et quand le pasteur Valette, le dimanche 25 voulut célébrer le culte aux Billettes, ii dut y renoncer: le cloitre était encombré de morts.
« Six généraux et deux représentants du peuple furent tués; six généraux furent blessés ; les batailles de l'Empire étaient moins meurtrières. Renonçons à savoir combien de soldats et d'insurgés tombèrent dans ce combat de quatre jours...»
L'assemblée dont le rôle avait été inutile et nuisible depuis le début de la Législature, qui n'avait su ni prévoir, ni empêcher cette guerre civile, avait dû, le 24 au matin, proclamer l'état de siège et remettre tous les pouvoirs aux fins du général Cavaignac. L'homme était républicain, honnête et loyal. L'assemblée n'en avouait pas moins son incapacité.
On sait d'ailleurs que le résultat définitif de l'incohérence quarante-huitarde fut le 2 décembre et un peu plus tard Sedan, et par contre-coup toute la tension franco-allemande de 1870 à 1914 et le massacre enfin de ces derniers temps.
Et c'est la preuve qu'une assemblée, aussi bien composée qu'elle soit, doit être un organe de contrôle et non de gouvernement. C'est la preuve aussi qu'elle doit faire sentir intelligemment, en tout temps, sa présence et son autorité. Or l'assemblée de 48 tenta de gouverner et négligea de contrôler. En tentant de gouverner elle sema le désordre. En négligeant de contrôler, elle endossa les massacres, fusillades et déportations qui souillèrent les journées de juin et elle mérita de s'effondrer sous la cravache du bonapartisme triomphant. Avis à la nôtre.
Pierre DOMINIQUE.
| retour 21 février 1926 |






































































