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La Charente - 28 février 1926


La Charente 1926 02 28 Etranges conseils de l'économiste anglais Keynes

Etranges conseils de l'économiste anglais Keynes
Mais les conseilleurs…

Connaissez-vous bien M. Joseph-Meynard Keynes ? C'est un économiste, professeur d'université en Angleterre quí, conseiller technique de Lloyd George, Premier anglais, lors de la Conférence de la paix, conférence dite des «Big Four», autrement dit les «Quatre Gros», de 1918-19, se tailla, en son temps, au cours des négociations du traité de Versailles, un gros succès… contre nous.
Il en a écrit : «Les conséquences économiques de la paix», à propos des difficultés du problème des réparations.
La prévision de nos embarras y est établie de façon assez nette, provoqués d'ailleurs en partie par l'attitude anglaise plutôt hostile. Et elle lui à valu une notoriété mondiale exceptionnelle.
Les Allemands ont su aussi habilement en tirer parti, à leur profit, contre nous, sur l'opinion anglo-saxonne.
M. Keynes donne à notre ministre des finances, dans une manifestation publique, une consultation gratuite sur les meilleurs moyens d'assurer le redressement financier de la France.

Que vaut son système ?
Vous ne vous en doutiez pas, mais nous souffrons surtout, paraît-il, d'une insuffisance de cherté de vie.
Le coût de la vie, chez nous, ne serait pas adéquat aux conséquences de l'augmentation du nombre des billets et au niveau de la hausse des changes. Il atteint à peine, aujourd'hui, cinq fois celui d'avant-guerre.
En déterminant, en effet, les rapports des masses des billets en circulation en 1913 et 1926, d'après les écarts des cours des changes aux mêmes dates, le franc accuserait une diminution de puissance d'achat dans le rapport de 1 à 8 !

Laissez renchérir la vie, crie-t-il à notre grand argentier; aménagez sur cette base la perception sérieuse et complète des impôts existants et toutes les difficultés seront aplanies.
D'abord, la hausse générale des prix, a l'intérieur, augmentera le débit des sources qui alimentent le budget. Ensuite, vous remettrez, sans difficulté, aux rentiers de l'Etat, les francs, exactement dépréciés, qui leur sont dus pour les àrrérages de la dette.
Ainsi, l'équilibre du budget étant aisément réalisé, vous pourrez songer à stabiliser le franc.
Ce n'est pas plus difficile que cela, parce que, d'après lui, la hausse des prix, jusqu'au niveau indiqué par le volume de la circulation des billets et par les cours des changes, aboutira à un équilibre qui n'entraînera aucun recours à des émissions nouvelles et ne pèsera pas sur la valeur de notre devise.

L'économiste anglais Keynes est-il si bien renseigné que cela sur les causes de la lenteur de la hausse des prix ?
Il les place dans une manie bien française, la thésaurisation des billets de banque dans tous les rangs de la société. M. Gusave Téry l'avait déjà dénoncée dans «1' Œuvre». Il y ajoute les placements excessifs des Français à l'étranger et, enfin, les restrictions légales sur les loyers. Il n'en énumère qu'une partie. Il oublie que la faiblesse de la puissance d'achat de millions de citoyens est dans leur dépendance étroite des revenus fixes. Ce sont les petits rentiers, retraités, propriétaires légalement réduits à 75 % de hausse, et encore tout récemment, quand les frais d'entretien et de réparation ont monté de 1 à 5.
Il oublie, enfin, la situation médiocre trop longtemps faite aux fonctionnaires, dont on ne saurait nier le facteur important. Trop longtemps payés suivant une progression insuffisante, de 1 à 2, 2.50 d'avant-guerre, quand le coefficient de renchérissement avoisine 5, ils n'ont pu obtenir une amélioration proportionnelle à la dépréciation du frane.
Cet écart au préjudice des parties prnantes est presque général, si bien que les conseils de M. Keynes, s'ils étaient suivis, nous amèneraient vite à une aggravation de notre état économique et social dont l'exportation ferait, d'abord, les premiers frais, la production ensuite. Le chômage viendrait vite. Nous n'en voulons pas.

Restons chez nous, avec nos idées, nos conceptions, nos moyens et notre but relever l'économie nationale française. Ce relèvement, profitable à tous, aux épargnants comme aux classes moyennes, aux producteurs comme aux consommateurs, il est dans un équilibre budgétaire ferme et stable, par des économies féroces nécessaires dans les trop nombreuses dépenses du temps de prospérité et de luxe, préface à la stabilisation de notre monnaie.

Géo GERALD.


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