Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Le Funi - 28 février 1926


Le Funi 1926 02 28 Le bourrage de crânes hebdomadaire : le drame qui s'est passé rue de Chazelles

Le bourrage de crânes hebdomadaire

Drame mondain.
Tout le monde connaît le drame qui s'est passé rue de Chazelles. Il semblerait que le mieux, pour eux, fut qu'un grand silence enveloppât les faits et gestes de l'époux homicide et de sa conjointe. Mais ce serait mal compter avec les soucis d'information de nos grands journaux.
Le Journal du 20 février publie une photo de Mme Lancel «prise au palais», au- dessous, un long article :
Chez les amis qui l'ont recueillie après le drame, Mme Lancel nous reçoit dans une coquette salle à manger rustique, baignée de lumière.
Le temps ne lui a pas apporté l'apaisement et ses yeux égarés conservent encore la vision d'épouvante où sombra pour toujours le calme de sa vie.
«J'ai peur, monsieur, je souffre, et pourtant il faut que j'aille jusqu'au bout de mon calvaire.»
Secouée par les sanglots, la tête enfouie dans ses mains, la malheureuse n'écoute plus, n'entend plus et l'amie qui nous a introduit nous entraîne rapidement, disant: « Elle est toujours ainsi depuis la catastrophe! »
Le lendemain, Le Journal remet ça, cette fois à propos de M. Lancel, avec l'inévitable portrait du mari:
M. Lancel s'évanouit en franchissant le seuil de la prison de la Santé.
Il a gardé le pardessus à col de loutre, le chapeau mou, qu'il portait, voici un mois, lorsqu'il passa là, sous ce même porche. Un photographe se précipite.
Vous permettez, dit M. Lancel et, très maitre de lui, il remet à ses amis ses deux paquets. Par deux fois, l'éclair du magnésium illumine ses traits qu'une émotion soudaine a crispés.
On l'entoure : «Je ne puis rien vous dire, balbutie-t-il, d'une voix brisée, je n'ai pas la force», et il s'affaisse, tendant un mince papier, couvert de son écriture... Ses amis le portent dans sa voiture, le raniment.
Il y a comme ça toute une colonne... Certes, nous respectons les sincères douleurs, mais franchement, Le Journal ferait-il tant de battage, s'il s'agissait d'un même drame rue Vilin, au passage des Couronnes, avec vous ou moi comme acteurs? Pourquoi, si Le Journal veut faire œuvre utile, ne raconte-t-il pas la vie des pauvres, des infirmes, des vieillards de nos quartiers?
Clément Vautel, personnellement sollicité par mes soins à ce sujet, n'en fit naturellement jamais rien.

Maurice MICHEL.


retour 28 février 1926