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L'Œuvre - 28 février 1926


L'Oeuvre 1926 02 28 Le doyen de la Faculté des Lettres de Besançon fait parler de lui.

Hors-d'œuvre
LE TUYAU

Le doyen de la Comédie-Française fait parler de lui. Il vient de débuter au music-hall. Au milieu de 40 chevaux dressés et d'un nombre considérable de pigeons savants, il a joué un sketch singulièrement audacieux. Nous avons vu le doyen de la Comédie-Française dans le rôle d'un vieux cochon qui, vêtu d'un costume clésiastique, essaie de violer, sur le bord d'une table, une dame dont le mari est caché dessous... Jusqu'où ira, Bon Dieu, la licence du music-hall! Et qu'est-ce qu'un doyen de la Comédie-Française est obligé de faire pour gagner sa vie !...
Le doyen de la Faculté des Lettres de Besançon fait parler de lui... Parlons plutôt du doyen de la Faculté des Lettres de Besançon,
Mardi dernier, quatre candidates au grade de licenciée ès-lettres s'attablaient, dans l'amphithéâtre de la Faculté, devant un texte qui constituait l'épreuve d'histoire médiévale. Il s'agissait de préciser les rapports de Henri IV et de Grégoire VII.
Les compositions furent extrêmement brillantes... Ce qui tendait à prouver, jusqu'à plus ample informé, que les jeunes filles de Besançon sont très sérieuses... Mais quoi ? Quatre candidates et pas un seul candidat à la licence és lettres ?... Pendant que les jeunes filles de Besançon flirtaient avec Grégoire VII et Henri IV, les jeunes gens de Besançon jouaient-ils au football ou faisaient-ils du crochet ?... Or, ce n'est pas seulement à l'amphithéâtre de la Faculté des Lettres que Henri IV et Grégoire VII bénéficiaient d'un regain d'actualité... En ville, dans les salons de Besançon, dans les cafés, dans la société » et dans la haute horlogerie, ces personnages étaient en proie à la malignité publique et servaient de cible à la médisance locale.
Vous n'avez pas entendu parler du nouveau scandale, chère madame ? Il parait que Grégoire VII et Henri IV… que...
Qu'est-ce qu'ils ont fait encore? C'est une chose honteuse... Il paraît

C'est ainsi que M. Alengry, recteur de l'Université de Besançon, fut prévenu le dernier d'un fait qui l'affecta péniblement... Il parait que le doyen Cloché, plus bavard à lui seul que toutes les autres vieilles dames de Besançon, n'avait pas su tenir sa langue jusqu'au moment de l'examen et avait communiqué aux candidates, plusieurs jours avant l'épreuve, le sujet de la composition.
Ce qui explique, par ailleurs, l'abstention des candidats appartenant au sexe jaloux.
Alors, M. Alengry a écrit à M. Daladier, qui est pour l'instant ministre de l'instruction publique. Il a écrit à M. Daladier pour se plaindre de M. Cloché, des quatre candidates, de Henri IV et de Grégoire VII... Les candidates ne sauraient être incriminées, car elles ont suivi la règle du jeu... La règle du jeu, en matière d'examen. comme pour toutes les autres spéculations, consiste à tricher, c'est-à-dire à avoir tous les atouts dans la main et à voir le dessous des cartes.
Le plus honnête homme du monde, lorsqu'il tente la chance aux courses, à la Bourse, ou au coin d'un bois, essaie avant toules choses d'avoir le tuyau, c'est-à-dire de savoir le premier quelque chose que les autres ne savent pas encore. Si les autres avaient le tuyau, il n'y aurait pas moyen de gagner l'argent des autres.
Le plus maihonnête homme du monde, quand il va être interrogé par le juge d'instruction ou le président des assises, est préparé à l'examen par son avocat, qui lui refile le tuyau: « On va vous poser telle et telle question... et voici ce que vous répondrez. » C'est régulier; c'est truqué; c'est légal.
Il n'y a pas de concours où les candidats ne cherchent à deviner par avance le sujet de la composition. Il n'y a pas d'examen où le candidat, ayant eu le tuyau par grace spéciale, ne s'empresse d'en profiter.
Le doyen Cloché a agi en galant homme... Puisque ça fait plaisir à ces petites d'être licenciées ès-lettres... Que toutes les jeunes filles de Besançon soient licenciées és-lettres, ça ne peut faire de tort à personne qu'à elles-mêmes... Ça peut les empêcher de se marier... Une jeune fille qui veut épouser le duc de Westminster agit beaucoup plus sagement en devenant championne de tennis, étoile de cinéma ou reine de Mi-Carême qu'en se parant d'un éclat frauduleux par la grâce de Henri IV et de Grégoire VII. Il faut espérer que M. Daladier réduira cette affaire de Besançon à ses véritables proportions: une discussion a bisontine »... une querelle de Cloché...
Il faut espérer que nous ne verrons pas à nouveau un doyen, en disponibilité par retrait d'emploi, engagé à l'Empire pour exécuter, entre une danseuse espagnole et deus clowns musicaux, un numéro acrobatique d'histoire médiévale.

G. de la Fouchardière


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