| L'Œuvre - 28 février 1926 |
Les "Cent Kilos" dînent
Ils étaient soixante, dans un restaurant proche de la porte de la. Villette, qui découpaient sans ennui les mets qui leur avaient été servis.
Le plus jeune avait seize ans et ne pesait pas moins de 110 kilos, alors que leur président, M. Sutty, en totalisait 180. Et tous mangeaient, avec un appétit qui eût fait rêver Pantagruel, des potages, des poissons, des poulardes, pour s'arrêter sans façons sur une «bombe de cent kilos» et des «bonbons de curé». Car leur poids n'alourdit pas leur esprit.
Lorsque tout fut consommé, le président, qui porte un visage d'adolescent, fit un discours bref et charmant. Puis il ajouta confidentiellement :
Nous ne sommes pas des martyrs de l'obésité, comme on pourrait le croire. Nous commes en excellente santé. C'est tout.
Personne n'en doute d'ailleurs, ni la bonne qui sourit, ni la pianiste qui joua un air à la mode.
- Et la vie chère?
J'y pense, et croyez bien que j'appuierai nos revendications de tout mon poids!
Une sauterie succéda aux chansons. Tous les «cent kilos», dansèrent, avec la grace qui leur est particulière.
Ils iront, cet été, jouer au football et disputer des courses pédestres. Ce sont de bons amis qui n'ont qu'un désir: se distraire, sans perdre une livre de leur poids, malgré les conseils des esthètes modernes.
| retour 28 février 1926 |







































































