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Excelsior - 28 février 1926


Excelsior 1926 02 28 02 Mlle Alexandre Pecker fait son droit, tout en jouant la comédie

Plusieurs avocats sont devenus acteurs; l'un d'eux, même, M. Aveline, quitta la robe pour entrer au corps de ballet de l'Opéra où nous l'avons applaudi. Mais a-t-on vu des acteurs quitter la scène pour se faire inscrire au barreau? Je n'en connais pas d'exemples. Au surplus, le conseil de l'ordre aurait-il admis un ancien comédien ? C'est une question à résoudre. Toujours est-il qu'il y a en ce moment dans un théâtre de Paris une jeune actrice, Mlle Alexandre Pecker, bachelière ès lettres et qui fait son droit, tout en jouant la comédie.
Un de nos confrères de la Liberté est allé causer, l'autre soir, dans sa loge, où un traité de droit romain voisinait avec le blanc gras sur la table de toilette. La jeune artiste a raconté avec une bonne grâce résignée que se trouvant seule avec sa mère, et n'ayant que des rentes modestes, elle s'était mise à travailler au théâtre pour pouvoir continuer ses études de droit. Au surplus, elle est devenue reine.
Entendons-nous, reine pour la mi-carême, élue par la «Maison des journalistes». Cette reine éphémère, actrice par occasion, a déclaré que, son droit terminé, elle voulait être avocate. Quand elle aura passé sa licence, elle se présentera au Palais et prêtera serment, après quoi le conseil de l'Ordre examinera, si oui ou non, il peut l'admettre au stage. Si la décision lui est favorable, ce n'est pas tout d'être autorisée à plaider, il faut trouver des clients et c'est là, le difficile. Il y a, à l'heure actuelle, si je ne me trompe 250 avocates inscrites à Paris, combien ont une clientèle et vivent de leurs gains professionnels ? Question indiscrète à laquelle je me garderai de répondre.
Un annaliste informé devrait nous dire ce que sont devenues les femmes avocates qui, pour une raison ou pour une autre, ont quitté le barreau. Quelques-unes se sont mariées. L'une avec un sous-préfet, une autre avec un ingénieur connu, une troisième avec un gros négociant et à ce sujet, un journal écrivait l'an passé : « Quelques jours avant la guerre son mari l'abandonna sans ressources avec trois enfants. Elle vit en faisant des ménages et attend qu'on lui accorde un kiosque à journaux. »
Parmi les avocates qui ont démissionné, une est mannequin chez un grand couturier, une autre tient un magasin de dentelles à Nice, celle-ci dirige, à Paris, une maison de modes. Deux enfin sont allées au théâtre, l'une chante dans un café-concert, et Mlle Dufrêne, dont la mère, actrice de grand talent, se suicida un soir dans sa loge du théâtre Sarah-Bernhard, a été engagée à ce même théâtre.

JEAN-BERNARD.


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