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Le Petit Parisien - 21 janvier 1926


v Le Petit Parisien 1926 01 21 01 . Jacques Doriot, député communiste de la Seine, accusé d'avoir frappé le brigadier Maillard a comparu hier devant la 11 chambre

Le député communiste Doriot devant la 11e chambre

M. Jacques Doriot, député communiste de la Seine, accusé d'avoir frappé le brigadier Maillard, le 12 octobre dernier, à la sortie d'un meeting de la rue Grange-aux-Belles, a comparu hier devant la 11 chambre qui a remis son jugement à huitaine. Notre cliché, pris à l'audience, représente le brigadier Maillard et M. Doriot pendant les dépositions.

(A la deuxième page, le compte rendu détaillé de l'audience.)

M. JACQUES DORIOT A COMPARU DEVANT LA 11 CHAMBRE
POUR VIOLENCES ET VOIES DE FAIT SUR LE BRIGADIER MAILLARD

M. Jacques Doriot, député communiste de la Seine, est, venu, hier, devant la onzième chambre, répondre des deux coups de pied au ventre qu'il était accusé d'avoir portés au brigadier Maillard, le 12 octobre, jour de la tentative de grève générale, à sa sortie d'un meeting tenu, rue de la Grange-au-Belles, pour protester contre la guerre du Maroc. Ces voies de fait, qui faillirent causer au brigadier Maillard une péritonite et le tinrent alité pendant un mois, M. Doriot a nié s'y être livré. A l'instruction, il avait parlé d'un mouvement réflexe qu'il aurait eu, sans intention de frapper. Hier, il n'a parlé que des violences dont il fut lui-même l'objet, se plaignant d'avoir reçu d'agents, à qui il déclinait sa qualité de député, un coup de poing au visage qui lui brisa ses lunettes, puis d'avoir été renversé et piétiné, puis frappé encore tandis qu'on le menait au poste et frappé de nouveau au poste même.
Un chef est-il intervenu en ma faveur ? J'ai vu seulement un gradé tendre le bras, et il a dit : «Laissez circuler M. Doriot.» Mais il a parlé bas aux agents, et j'ai été aussitôt maltraité. Je n'avais pourtant commis aucun crime. Je voulais faire mon devoir, empêcher une collision entre la police et mes camarades. Mon intention était d'user de mon autorité sur mes amis pour dégager la rue et faciliter la circulation.
Après cette explication, on eut celles du brigadier Maillard. Il n'était pas présent lors de la scène au cours de laquelle M. Doriot se plaint d'avoir été frappé. Appelé en renfort, il arriva en autocar avec une dizaine d'agents. Apercevant un homme qu'entouraient d'autres agents, il s'approcha et ne reconnut pas M. Doriot qui n'avait pas ses lunettes. Mais M. Doriot s'étant écrié: «Je suis le député Doriot!», le brigadier étendit pacifiquement le bras pour le dégager et enjoignit à ses subordonnés de laisser circuler M. Doriot.
Alors M. Doriot, appuyé contre un mur, me regarda et me lança un coup de pied! Je fis un pas en arrière et j'évital le coup. Comme je m'avançais pour le saisir, il me lança un second coup de pled qui m'atteignit à l'aine. Je tombai sur les genoux. Des agents emmenèrent alors M. Doriot. Je les suivis à distance, et, au poste, je fis constater l'empreinte du pied de M. Doriot.
Que M. Doriot ait été frappé, les constatations du docteur Paul l'établissent. Les agents, dont le témoignage fut ensuite entendu, l'ont également attesté. Ils ont vu que M. Doriot avait perdu ses lunettes et qu'il avait une écorchure au visage. Mais ceci s'était passé avant leur arrivée et il est certain que le brigadier Maillard ne fut pour rien dans ces violences.
D'après les mêmes témoignages, M. Doriot fut encore frappé tandis qu'on le menait au poste, mais par des civils qui lui criaient: «On n'est pas ici à Oran,
Au poste, ont assuré les mêmes agents, il n'y eut aucune violence. Aussi formelles furent les dépositions des agents sur les voies de fait exercées par M. Doriot sur le brigadier Maillard. Certains, toutefois, n'ont vu qu'un coup de pied.
Par contre, au témoignage de deux amis de M. Doriot, ce seraient bien des agents qui auraient frappé le député communiste, mais on ne sait lesquels. Rejetant l'explication de M. Doriot que son geste, s'il en fit un, n'aurait été qu'un mouvement réflexe, M. le substitut Siramy requiert une sanction proportionnée à la gravité de ce geste, d'autant plus blâmable, dit-il. que celui qui s'y est livré est revêtu du mandat législatif.
Mes Berthon et Albert Fournier opposèrent à ce réquisitoire des conclusions d'acquittement et le tribunal remit son jugement à huitaine.


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