Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Le Temps - 21 janvier 1926


v Le Temps 1926 01 21 02 La Chambre hongroise vote l'étouffement

L'affaire des faux billets de banque français en Hongrie
La séance de la Chambre des députés

Notre Correspondant particulier télégraphie:
Ce fut une grande séance au Parlement hongrois, telle que depuis longtemps on n'en avait vu dans cette enceinte. Toutes les galeries et les tribunes étaient combles; on y remarquait de nombreuses dames, ce qui est très rare lors des autres séances. La loge diplomatique était aussi remplie.
Avant l'ouverture de la séance déjà de nombreuses conversations s'engagèrent dans les couloirs entre députés de différents groupes. Les démocrates et les socialistes tenaient des colloques très animés et on voyait à leur attitude que la séance serait mouvementée. Tous les autres députés étaient déjà à leurs bancs lorsque les membres de l'opposition de gauche entrèrent tous à la fois, voulant ainsi manifester leur solidarité. Le président du conseil était au banc du gouvernement avec les ministres de l'intérieur, de la justice, de l'instruction publique, des finances, des affaires étrangères et de la prévoyance sociale.
Le président Scitovsky ouvrit la séance, et après un bref discours où il déplora le scandale récent qui a atteint la Hongrie donna la parole au président du conseil. Dès que le comte Bethlen se leva, il fut accueilli par une tempête de sifflets sur les bancs de l'extrême gauche et par les cris répétés de: «Démission! Démission!», qui se répétèrent pendant plus de cinq minutes. Il lui fut impossible de prononcer une parole, et le président fut obligé de lever la séance. Elle reprit au bout de dix minutes et le comte Bethlen put commencer son discours, sans cesse interrompu par les vociférations de l'extrême gauche.

LES DÉCLARATIONS DU COMTE BETHLEN
On mande de Budapest:
Le président du conseil déclara tout d'abord que le gouvernement ne cherchait nullement à se soustraire à ses responsabilités; cependant il ne peut fournir aucun détail avant la fin de l'enquête ouverte sur cette affaire que les tribunaux auront à connaître en dehors de toute ingérence gouvernementale.
Le comte Bethlen déclare ensuite que le gouvernement tend de toutes ses forces à éclaircir tous les détails de l'affaire. Il veut aussi tirer au clair les motifs politiques si de tels motifs. existaient.
Les uns, ajoute-t-il, prétendent que des forces secrètes ont empêché les autorités dans l'éclaircissement de l'affaire, d'autres doutent de la bonne foi des partis et même du gouvernement et des hauts fonctionnaires. Il faut démasquer ces prétendues forces secrètes, mais aussi les calomniateurs.
Les mains du gouvernement sont entièrement libres; il mènera son enquête jusqu'au bout et ayant le pouvoir entre ses mains, il possède assez de force pour empêcher les tentatives, venant de quelque côté que ce soit, à l'effet de troubler l'enquête. Les bruits répandus par les partis de gauche ne le dérangent pas, car il a toute l'opinion publique du pays derrière.
Le président du conseil explique ensuite comment Jankovich avait pu se procurer un passeport.
Le gouvernement a demandé depuis le premier moment aux autorités hollandaises et françaises communication des résultats de l'enquête menée à la Haye. Ces renseignements n'ont pas encore été reçus. Le comte Bethlen s'étonne que, contrairement, selon lui, au droit international, la presse étrangère puisse publier des données concernant l'enquête faite à la Haye, notamment le carnet de Jankovich, alors que ces données ne sont pas encore livrées au gouvernement hongrols.
Concernant le caractère politique de l'affaire qu'on devra mettre aussi en lumière, le président du conseil observe que des personnes très différentes y sont mêlées. A côté du prince de Windischgraetz et d'un haut fonctionnaire comme Nadossy, on trouve des émigrants et des ouvriers socialistes démocrates. Certaines de oes personnes voulaient profiter de l'affaire, mais la majorité, indubitablement ne visait aucun profit. Il n'y a aucun indice qu'un coup d'Etat ait été préparé. Il faut attendre tranquillement la fin de l'enquête. Cette question ne peut être résolue au sein du Parlement. Quelques personnes veulent mêler à l'affaire leurs adversaires politiques. «Quant aux prétendus buts patriotiques, nous les repoussons», dit M. Bethlen. Le président du conseil donne ensuite connaissance de diverses nouvelles publiées à l'étranger suivant lesquelles il existerait des divergences de vues entre lui et le régent. Le comte Bethlen déclare ces nouvelles fausses, ainsi que celles relatives à un coup d'Etat en faveur de l'archiduc AIbrecht et les informations parlant des rapports avec l'ex-kaiser, les fascistes bavarois, le professeur Couza, chef des fascistes roumains. (On rit.) Le comte Bethlen, faisant allusion aux accusations de complicité portées à l'étranger contre le régent, la droite et les racistes protestent violemment.
A ce moment, le député Farkas, socialiste, crie: «C'est vrai!»
Un violent vacarme se déchaîne.
Le président exige que le député Farkas s'explique.
M. Farkas déclare que sa remarque se rapportait au système gouvernemental.
Le comte Bethlen reprend en disant que la source des nouvelles publiées à Vienne était à Budapest.«Quiconque, dit-il, a des relations avee les journaux devrait tâcher qu'ils ne publient pas de tels mensonges.»
Le député socialiste Peidl
Le député socialiste Peidl qualifie l'orateur de
Un vacarme indescriptible en résulte. La majorité des députés renvoie M. Peidl devant la commission de l'immunité.


retour 21 janvier 1926

CONCLUSIONS DU COMTE BETHLEN
Le comte Bethlen reprend :
S'il existe, dit-il, un complot pour la falsification des francs, il existe aussi un second complot dirigé contre l'honneur de la nation (longs applaudissements). La falsification des francs touche aux poches dés sujets étrangers, mais l'autre complot touche à l'honneur de la nation entière. Si le point de vue matériel est le plus important pour les sujets étrangers, pour nous le plus cher est l'honneur national que nous devons défendre contre les attaques internationales. (Longs applaudissements à droite et au centre.)
Le système représenté par le gouvernement n'est pas contre-révolutionnaire, mais un système de conservation sur la base nationale. L'explication en est que la crainte d'une révolution est très vive dans la population. Dès que les phénomènes révolutionnaires disparaîtront, devront disparaître aussi les phénomènes de contre-révolution. Une autre cause pour laquelle les efforts du gouvernement n'ont pas toujours été suivis de résultats est la haine qu'inspire le système instauré par le traité de Trianon. Il existe non seulement un ordre de droit intérieur, mais aussi un ordre de droit extérieur international. Nous sommes obligés de respecter cet ordre formel, mais il n'est pas étonnant si, dans le pays qui a été forcé de signer le traité de Trianon et d'en supporter la série d'humiliations. il se trouve des gens qui se soulèvent contre cet ordre et veulent rendre impossible son maintien.
Les complots, cependant, sont de nature à compromettre la nation en la faisant apparaître comme un foyer de désordre devant l'étranger, Voicl quelle est la vole à suivre : tout en respectant l'ordre actuel, Il faut ensuite nous efforcer par un travail honorable. d'assurer finalement le respect et la considération pour notre pays. (Vives acclamations.) En principe, je ne suis pas hostile à la nomination d'une commission parlementaire, mais à cette condition préalable qu'elle respecte l'indépendance des tribunaux. Aussitôt que tous les détails de l'affaire seront éclaircis, je fourniral de nouvelles informations.
La Chambre a accueilli les déclarations du comte Bethlen par de longs applaudissements et de vives approbations. Le ministre de France, M. Clinchant, était présent parmi les autres diplomates étrangers.

Le rôle du commissaire Benoist
On mande de Budapest:
M. Benoist, commissaire divisionnaire de la police, a eu hier un long entretien avec le conseiller de police Bauer. De retour d'Italie et de Hollande, M. Benoist a rapporté des documents importants, dont la police peut utilement faire usage pour éclaircir certaines circonstances non connues encore. Ainsi, M. Benoist a rapporté des photographies de Jankovitch et de quelques comparses, permettant d'établir leur identité.