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Excelsior - 24 janvier 1926


v Excelsior 1926 01 24 Le 21 janvier fut une fête nationale

Le 21 janvier, que nous venons de passer, fut pendant neuf ans une fête nationale, de 1793 à 1802. Bonaparte la supprima et il n'y eut plus, dès lors, que deux fêtes gouvernementales : le 1er vendémiaire et le 14 juillet, l'anniversaire de la fondation de la première République et de la prise de la Bastille.
Le 21 janvier 1793 fut une journée ordinaire pour si incroyable que cela paraisse. Le matin, la ville fut morne. Le couperet s'abattit sur le cou du roi à 10 h. 30; jusqu'à ce moment, rapporte Mme de La Tour du Pin, «le plus grand silence régna sur la ville régicide. A 10 h. 30, on ouvrit les portes, et tout reprit son cours comme à l'ordinaire. Pas une petite habitude n'était dérangée.»
Le soir, détail qu'on ne trouve pas dans les journaux du temps, on déclama à la tribune de la Convention une poésie qu'on pouvait chanter sur l'air de la Marseillaise :

Vérité, sois notre boussole,
Par toi, l'homme connut ses droits;
Justice, sois notre symbole,
Fais à jamais régner nos lois.
O liberté, sois notre idole !
Puisses-tu voir nos descendants,
Sur la tombe de nos tyrans
Danser aussi la Carmagnole !
Aux armes, citoyens.
Unissons nos efforts.
Frappons! frappons! et de tyrans
Peuplons les sombres bords.

Cette poésie, assez médiocre, était l'œuvre d'un chansonnier, Gilbert Duclos, alors en vogue, aujourd'hui oublié. Les jours qui suivirent la grande tragédie du 21 janvier, la vie publique. et la vie parisienne continuèrent paisiblement, comme à l'habitude.
«Le mardi, a raconté un témoin oculaire, était le jour élégant pour la Comédie-Française, et, ce soir-là, la salle était toujours pleine. La Terreur n'avait rien changé à cette habitude. En se rendant au théâtre en carrosse, l'on rencontrait presque toujours le tombereau qui transportait les restes des malheureuses victimes tombées dans la journée sous le fatal couperet. L'on se bornait à baisser les stores du carrosse, et l'on continuait sa route, sans souci ni scrupule, pour aller entendre les déclamations des acteurs à la mode.»
Ceci répond à cette question que posait récemment un journal : «Si la Révolution éclatait, que se passerait- il?» Mais la vie se poursuivrait, avec les violences, les exactions et les exécutions en plus; mais on ne renoncerait ni aux théâtres, ni aux dancings, ni aux plaisirs.

JEAN-BERNARD.


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