| Le Temps - 24 janvier 1926 |
JAPON
Un discours du baron Shidehara
On mande de Tokio : Le baron Shidehara, ministre des affaires étrangères, a prononcé au Parlement japonais un important discours dans lequel il a exposé les directives de la politique étrangère du Japon et dont voici les passages essentiels.
Commentant les affaires de Chine, le baron Shidehara dit avec quelle joie le Japon avait accueilli la période de tranquillité et d'ordre qui s'ouvrait en Chine après la guerre civile de 1924. Mais au mois d'avril, on apprenait que certains éléments provoquaient des grèves dans les filatures de coton japonaises à Shanghaï, à Tsing-Tao, etc. Après le très regrettable incident de Shanghai, le mouvement ouvrier ne tardait pas à dégénérer en une agitation politique tendant à exiger des puissances la dénonciation des arrangements internationaux en vigueur, et les désordres devinrent une menace sérieuse à la vie et aux biens de tous les étrangers en Chine. Le Japon s'adressa donc, soit conjointement avec les puissances, soit séparément, aux autorités chinoises pour chercher une solution à ces difficultés, dont plusieurs ont depuis été réglées.
Mais ce qui devait causer les plus vives inquiétudes au gouvernement japonais fut la nouvelle guerre civile d'octobre. Après avoir donné un résumé sommaire des événements, le ministre des affaires étrangères explique comment le Japon fut amené, lorsque les hostilités s'étendirent à la Mandchourie, à renforcer ses troupes pour la protection des ressortissants japonais et de leurs biens, ainsi que du chemin de fer du Sud-mandchourien, puis à retirer les forces envoyées après la restauration de l'ordre.
Le Japon possède des droits et des intérêts essentiels, matériels et moraux, en Mandchourie. Ces intérêts matériels sont pour la plupart groupés le long de la voie ferrée du Sud-mandchourien, et des mesures de protection ont dû être prises à leur égard. Les droits et intérêts moraux du Japon n'ont pas souffert du fait de la guerre civile. «Il est naturellement très désirable que ces provinces ne soient pas troublées par des actes de guerre.» tant dans l'intérêt de la population chinoise que des ressortissants japonais. Mais cette responsabilité incombe au gouvernement chinois. L'assumer serait pour le Japon manifestement incompatible avec nos conceptions essentielles, avec nos relations internationales actuelles, avec le principe fondamental des accords de Washington et avec les déclarations répétées du gouvernement japonais. En usurpant ce rôle nous manquerions à la fois à notre honneur et à notre fierté nationale. Jamais le Japon n'accomplira une action aussi inconsidérée.»
A propos de la conférence douanière, le baron Shidehara prend note du sain mouvement de progrès de la «jeune Chine», mais il ne peut s'empêcher «de voir avec appréhension le danger que court une génération pleine de promesses qui : trompée par une propagande sinistre, est aisément attirée vers des activités, politiques dangereuses et destructives ».
Quant à l'exterritorialité, le Japon voit avec sympathie cette légitime aspiration de la nation chinoise et le gouvernement imperial attend les suggestions que fera le comité récemment constitué.
Touchant les relations avec l'Union des républiques socialistes soviétiques, le baron Shidehara se félicite de l'intérêt porté par les autorités soviétiques aux relations économiques russo-japonaises. Passant au probième politique, il dit que le Japon ne cherche pas d'amitié exclusive avec une seule nation, Il met le Parlement en garde contre le danger qu'il y a d'arriver à une conclusion hâtive sur les intentions d'un autre pays sans avoir des faits à l'appui, et déclare que dans la mesure des informations qui lui sont parvenues, il ne trouve aucune raison d'accueillir les bruits de prétendus desseins agressifs en Mandchourie septentrionale de l'Union des républiques socialistes soviétiques avec laquelle de francs échanges de vues ont eu lieu concernant toutes les questions relatives aux relations des deux pays.
«Les rapports du Japon avec les puissances d'Europe sont des plus satisfaisants. Avec aucune d'entre elles il n'y a de difficultés ou d'appréhension... Le Japon n'est pas signataire des traités de Locarno, qui ne concernent que des questions. purement européennes, mais il est convaincu que l'atmosphère de confiance que ces traités ont amenée dans la vie politique et économique de l'Europe ne manquera pas d'aider la marche en avant de la Société des nations et d'exercer une influence favorable à la paix en général.»
L'amitié anglo-japonaise s'est de nouveau affirmée par les nombreuses attentions dont le prince Chichibu est l'objet en Angleterre.
Pour la première fois, le Japon procède à l'échange d'ambassadeurs avec la Turquie et il se déclare fermement résolu à ne pas s'immiscer dans les affaires compliquées du Proche-Orient; il espère que les relations turco-japonaises deviendront toujours de plus en plus amicales. En ce qui concerne les rapports du Japon et des Etats-Unis, le baron Shidehara s'abstient de commenter à nouveau la clause d'exclusion de l'acte d'immigration de 1924, ayant déjà exposé ses vues aux deux précédentes sessions de la Diète, et considérant qu'une discussion à ce sujet ne pourrait avoir pour l'instant aucun résultat favorable. «Je désire pourtant établir avec clarté, dit-il, que nos sentiments de profond regret ne se sont modifiés en aucune façon. Cette clause nous semble inconciliable avec les règles de la courtoisie et de la justice internationales.» Le baron Shidehara constate avec satisfaction la compréhension et l'appréciation croissantes du Japon par le peuple américain.
Les relations du Japon avec les autres Etats américains sont « parfaitement agréables ».
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