| Paris-Soir - 24 janvier 1926 |
A LA GALERIE D'ART DE LA " SAMARITAINE"
Les chefs-d'œuvre du XVIIIe siècle
C'est une heureuse initiative de à la Samaritaine » qui nous vaut cette exposition des Chefs-d'œuvre du dix-huitième siècle, extraits de la propre collection de M. Cognacq. Le grand capitaine de commerce qu'est M. Cognacq n'est, en effet, pas seulement le généreux philanthrope dont on connaît les largesses, mais encore un amateur d'art éclairé qui a su se constituer c'est presque son seul luxe un merveilleux musée particulier de peinture.
Si son goût de collectionneur, et l'immense fortune qui fut le fruit d'un labeur exemplaire, lui permirent de grouper d'incomparables richesses picturales, il n'est pas dans les intentions de M. Cognacq de soustraire ces richesses à l'admiration du public, comme le font de trop nombreux amateurs jaloux de leurs trésors. Bien au contraire. Voilà pourquoi M. Cognacq prend plaisir à grouper les plus importantes œuvres qu'il possède, dans la succursale de «la Samaritaine», boulevard des Capucines, où le public peut les admirer chaque jour.
Nous avons pris plaisir, hier, à parcourir cette galerie où nous avons eu la joie de constater que, malgré le change et l'avidité étrangère, il reste encore quelques belles choses en France.
On peut y voir notamment, entre autres œuvres de ces deux peintres, l'ad- mirable crayon Sur la paille, de Fragonard, et la merveilleuse Fête champêtre, de Watteau, dont on appréciera également les curieuses études de bêtes, d'un dessin étonnant,
Et puis, il y a Greuze, le sensuel et sentimental Greuze, dont il faudrait tout citer la Fillette à la Pomme, la Prière à l'Amour; et surtout la Tête de Petit Garçon, qu'il peignit en 1757 avec un amour d'autant plus vif que le modèle était son propre enfant...
On y voit encore des Boucher, fidèlement inspirés de Watteau, des Pater, des Lawrence, des Mallet, des Debucourt, des Boilly, des Caresme, des Huet et des Hubert Robert auxquels nous nous permettons de préférer une toile d'Adélaïde Labille-Guillard et, surtout, une adorable miniature de Guardi, toute pleine de soleil.
Des meubles, des terres cuites du meilleur goût, ornent au surplus la galerie d'art de «la Samaritaine», où l'amateur le plus éclairé peut venir égarer ses pas sans craindre de perdre son temps, et dont il convient de louer sincèrement les avisés organisateurs.
J. L.
| retour 24 janvier 1926 |







































































