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Paris-Soir - 24 janvier 1926


Paris soir 1926 01 24 M. Daladier veut obtenir l'obligation scolaire par les Conseils d'école

LA CHASSE AUX ILLETTRÉS
L'obligation scolaire doit être une réalité
C'est ce que veut obtenir M. Daladier par les Conseils d'école

Après quarante-trois années d'école primaire obligatoire, on est étonné de constater un nombre, beaucoup trop grand d'illettrés. N'évalue-t-on pas à un cinquième environ la proportion des jeunes soldats dont l'instruction est reconnue insuffisante ? L'«obligation scolaire» est établie pourtant par la loi. Mais elle n'est pas assurée d'une façon assez rigoureuse.
Les conséquences de cette situation sont inquiétantes. Il y a quelques semaines, notre collaboratrice G. Decaris, notait dans Paris-Soir que sur mille enfants détenus à la Petite-Roquette, un seul avait reçu une instruction secondaire, la plupart sachant à peine lire et écrire. «Tous les enfants délinquants sont des illettrés», lui déclarait M. Aubry, président du Tribunal pour enfants.
« UN BON MAITRE AGIT... »
M. Daladier, ministre de l'Instruction publique, ému par ces constatations, a voulu que que désormais l'«obligation scolaire» fut une réalité. Par l'institution des conseils d'école, dont Paris-Soir indiquait, il y a quelques jours, le rôle et les attributions, il entend exercer une surveillance constante et efficace sur la fréquentation scolaire. Par le dépôt d'un projet de loi dont il veut demander le vote rapide, M. Daladier pense résoudre le problème «qui, dit-il, n'est simple ni dans ses données ni dans ses solutions».
S'il est d'ordre économique et d'ordre moral, dit M. Daladier, il revêt tout d'abord un caractère pédagogique. L'instituteur peut, à lui seul, faire plus et mieux que la loi, même la meilleure. C'est pourquoi aujourd'hui même une circulaire du ministre de l'Instruction publique convie tout le personnel de l'enseignement primaire à lutter résolument contre l'abstentéisme scolaire. «Une bonne école est avant tout une école régulièrement fréquentée. Un bon maître ne se résigne pas à enregistrer les absences au registre d'appel: il agit.»
(Voir la suite en 3 page)
L'obligation scolaire doit être une réalité
(Suite de la première page)
CE QUE M. DALADIER PROPOSE
Les principales modifications que M. Daladier propose d'apporter à la législation actuelle sont les suivantes:
1° La situation d'un enfant à l'égard de l'obligation est désormai précisée par deux pièces officielles : le certificat d'inscription sur la liste des enfants en âge de scolarité; le livret scolaire.
2° S'il est tenu compte des nécessités économiques par l'octroi de certaines dispenses temporaires d'assiduité aux enfants âgés de 11 ans ou de 12 ans, par contre, la scolarité devient effective jusqu'à la treizième année accomplie, même pour les écoliers pourvus du certificat d'études. C'est surtout avec les meilleurs de nos élèves qu'il faut peupler les classes du cours supérieur, sans lequel aucune école primaire ne saurait être de «plein exercice».
3° L'emploi de la méthode préventive qui est du ressort du Conseil de l'école ne dispense pas de recourir, au besoin, à la répression.
La responsabilité des employeurs qui séduisent les parents par l'offre d'un gain immédiat, apparaît plus lourde encore que celles des parents eux-mêmes. Le taux des amendes infligées aux «loueurs d'enfants» dépasse donc le montant de celles que devront payer les familles. Enfin, il n'est pas tolérable qu'on puisse pousser impunément les écoliers à la désobéissance et à la désertion scolaires. La loi considérera désormais le devoir d'instruction comme elle considère le devoir militaire; elle fera respecter également les deux grandes obligations du devoir civique.
PLUS D'ENFANTS A LA RUE
Les dix-neuf articles du projet précisent les conditions dans lesquelles l'«obligation scolaire» sera désormais contrôôlée et les amendes qui frapperont les parents ou les employeurs qui auraient soustrait les enfants à cette obligation.
L'article 5 est ainsi conçu : Tout enfant d'âge scolaire qui sera rencontré errant sur la voie publique pendant les heures d'ouverture des classes sera conduit par les agents de l'autorité à l'école publique la plus voisine. Vérification sera faite de son inscription sur la liste scolaire. Notons que cette expérience à déjà été faite à Rouen, par M. le Premier président André et qu'elle a donné des résultats concluants.
Notons également qu'en Alsace et en Lorraine, où l' «obligation scolaire» est rigoureusement pratiquée, le nombre des conscrits illettrés est presque nul.
UNE ECOLE AGREABLE
M. Daladier, chez qui l'esprit démocratique s'allie à une haute connaissance des questions d'enseignement, a compris, en outre, que ce problème n'était pas purement pédagogique. Il s'en est expliqué dans une circulaire adressée, il y a quelques jours, à tous les recteurs d'académie :
«Il faut, leur dit-il, que l'enfant se dirige joyeusement vers l'école et, une fois en classe, qu'il s'y épanouisse à l'aise dans un milieu sain et aimable.»
Des locaux aérés et chauffés, une école propre, hygiénique, la surveillance attentive des élèves qui viennent de loin, chaussures mouillées, et celle des enfants dont la santé est chancelante, voilà qui supprime déjà bien des motifs d'absence pour maladie.
Une classe décorée avec goût, un enseignement vivant, intéressant, qui donne aux élèves l'impression qu'ils avancent et ouvre à leur curiosité naturelle des horizons nouveaux, une discipline ferme, mais sans rigueurs inutiles, achèvent de faire de l'école un milieu attrayant que les petits fréquentent avec plaisir». Et les parents ainsi n'auront plus d'excuse...


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