Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Paris-Soir - 21 janvier 1926


v Paris soir 1926 01 21 M. Doumer ne discute pas, il tranche l'accord impossible par L O Frossard

LA POLITIQUE
L'accord impossible

Vendredi dernier. le président du Conseil demandait à la Commission des finances de se prêter à une tentative de conciliation. Hier soir, M. Doumer, avec cette espèce de supériorité hautaine qu'affectent volontiers les médiocres, repoussait dédaigneusement les projets du Cartel devenus projets de la Commission, et menaçait les gauches de toutes les sévérités du pays. On ne sait pas très bien ce qui qualifie M. Doumer pour parler au nom du pays. Mais on ne se laissera pas émouvoir par ses insolences et on lui retournera ses avertissements. Si le pays doit un jour, comme nous l'espérons, juger les responsables de la situation presque tragique dans laquelle il se débat, c'est envers les protagonistes d'une fiscalité de paresse, qui écrase les petits, qu'il se montrera impitoyable.
Des arguments de M. Doumer, convient-il au moins de retenir quelque chose?
M. Doumer ne discute pas, il tranche. Il a des opinions définitives. A la vérité il en change souvent. Mais il n'admet point qu'on n'en change pas avec lui. Il veut qu'on procure au Trésor des ressources immédiates. La Commission aussi. Elle a établi des projets d'un rendement certain. M. Doumer déclare que ces projets ne rapporteront pas un sou. Notez qu'ils comportent un certain nombre de relèvements de taxes qui, de toute évidence, produiront déjà un milliard et demi au moins. Notez encore qu'ils tendent à réprimer les fraudes et à faire rendre aux impôts existants tout ce qu'on peut et tout ce qu'on doit en attendre. M. Doumer ne veut rien savoir. Votre effort, décide-t-il, n'est ni mûr ni étudié.

Suggère-t-il de le reprendre? Pas du tout ! Il passe outre. Soumettons-lui un petit fait, en passant. Il y a, en France, moins de deux cent mille contribuables qui déclarent trente mille francs, ou plus, de revenus; et il y'a cinq cent mille automobiles. Le rapprochement de ces deux chiffres n'est-il pas significatif? L'impôt sur le revenu est l'impôt des «poires». Jusques à quand ? L'impôt sur les bénéfices agricoles n'est pas appliqué. La Commission propose de confier à des commissions cantonales la tâche d'y astreindre ceux qui s'y soustraient. «Des soviets, alors?» s'écrie comiquement M. Doumer. Ces «soviets» existent: ils sont formés tous les ans, dans toutes les communes, par les répartiteurs, et l'ordre social n'en est pas ébranlé.
Le reste est à l'avenant. M. Doumer traite par le mépris tout ce qui ne s'apparente pas aux créations de son génie. Il estime nécessaires neuf milliards d'impôts nouveaux. Il lie la question de l'amortissement à la question de l'équilibre budgétaire. Il maintient le doublement de la taxe sur le chiffre d'affaires. Enfin il engage la bataille.
Les gauches regretteront qu'il ne se soit pas rendu à l'appel de son chef.
Puisqu'il le faut, elles seront au rendez-vous que leur assigne le ministre.
Pour ou contre la vie chère, pour ou contre une fiscalité démocratique, pour ou contre la justice devant l'impôt, voilà les termes du problème qui se pose. Notre choix est fait. Tant pis pour M. Doumer.

L.-O. FROSSARD,


retour 21 janvier 1926