| L'Œuvre - 24 janvier 1926 |
L'ARRESTATION DE M. IVANOFF
M. Tchitcherine adresse un ultimatum à Pékin
Mais Tuan Chi Jui est sans action sur Tchang So Lin
On nous avait d'abord annoncé que Feng Yu Sang, vainqueur à Tien-Tsin, et Tchang So Lin, qui avait rétabli sa situation en Mandchourie, allaient tous deux quitter la Chine. Cette nouvelle, invraisemblable, était fausse. Nous savons aujourd'hui que Feng Yu Sang, qui a différé son départ pour Moscou, est fort menacé par Tchang, avec lequel Ou Pei Fou et Li Ching Lin ont fait alliance. Alliance qui durera ce qu'elle durera. Ou Pei Fou n'était-il pas, l'automne de 1925, l'adversaire de Tchang et l'allié de Feng, ce lieutenant qui l'avait précédemment trahi? Chinoiseries.
Ce qui est plus sérieux, c'est le conflit qui vient d'éclater entre Tchang So Lin et les Soviets à propos du chemin de fer oriental chinois. Tchang So Lin a fait arrêter, ainsi que l'Œuvre l'a annoncé hier, M. Ivanoff, l'administrateur russe de ce chemin de fer. M. Ivanoff exigeait que Tchang payât le transport des soldats de Tchang. Demande logique, légale, aux termes du traité russo-chinois, qui fut négocié d'ailleurs par Tchang lui-même il y a quelque trois ans, et qui donne la haute main à la Russie sur le chemin de fer de l'Est, mais prétention qui irrita les troupes chinoises, contraintes quelquefois d'accomplir à pied ce qu'elles escomptaient parcourir en wagons, suscita mille troubles et cet épisode dernier.
Moscou proteste contre l'arrestation de M. Ivanoff auprès de Pékin. M. Tchitcherine a chargé son ambassadeur de faire savoir au président de la République Tuan Chi Jui, au ministre des affaires étrangères et à Tchang So Lin, par l'intermédiaire du consul soviétique à Moukden, que, si l'ordre n'était pas rétabli sous trois jours, si M. Ivanoff n'était pas remis en liberté, si l'accord sino-soviétique enfin n'était pas confirmé, les Soviets défendraient eux-mêmes leurs intérêts en Chine orientale. Et déjà l'on prévoit le pis: les soldats soviétiques en Mandchourie 7.000, nous dit-on, sont concentrés à la frontière chinoise, que dira le Japon? On l'aperçoit derrière Tchang, comme on aperçoit les Soviets derrière Feng. A cause de la Mandchourie on évoque 1904. Et l'on se dit : - Si le Japon intervient, que fera l'Amérique?
C'est grossir trop vite le drame, croyons- nous. C'est oublier que, si le Japon et les Soviets ont en Mandchourie des intérêts particuliers, ils ont, par ailleurs, bien des intérêts communs. C'est méconnaître qu'ils ont fait amitié et que ni Moscou ni Tokio - le baron Shidehara, ministre des affaires étrangères, le déclarait récemment encore au Parlement japonais - ne veulent entrer en guerre.
La situation est sérieuse, certes, puisque, si Tchang So Lin ne se soumet point, Tuan Chi Jui, pauvre président prisonnier du vainqueur du jour, n'a aucun moyen de passer de la persuasion à la contrainte, mais les temps de la guerre russo-japonaise sont révolus. Tokio et Moscou sauront éviter l'irréparable. Moscou d'abord, car, sous les protestations très amicales du baron Shidehara, il a pu néanmoins trouver ceci :
Nous notons avec plaisir le sain mouvement de progrès de la jeune Chine, mais nous ne pouvons nous empêcher de voir avec appréhension le danger que court une génération pleine de promesses qui, trompée par une propagande sinistre, est aisément attirée vers des activités politiques dangereuses et destructives.
M. Tchitcherine sait jusqu'où il peut aller. Tout porte à croire qu'il n'ira pas au delà.
Henry Barde,
Pékin demande à Tchang la mise en liberté de M. Ivanoff
Londres, 23 janvier. On mande de Pékin: «Le ministère des affaires étrangères à télégraphié au maréchal Tchang So Lin pour lui demander de remettre en liberté M. Ivanoff, directeur général soviétique du chemin de fer oriental chinois. Le ministère des affaires étrangères ajoute que les autres questions en suspens vont être rapidement réglées.»
Mais Tchang l'a déjà remplacé Pékin, 23 janvier. Le maréchal Tchang So Lin a nommé un ingénieur russe anti-bolcheviste directeur de la section méridionale du chemin de fer oriental chinois. Les Chinois délivrent maintenant des billets de chemin de fer, après avoir organisé un service de voyageurs entre Kharbine et le Sud.
Des troupes chinoises amènent le drapeau français à Pakhoï
On mande de Hong-Kong aux journaux : A Pakhoi, dans la province de Kouan- Toung, des troupes chinoises ont pénétré à l'hôpital français et en ont descendu le drapeau. Elles l'ont ensuite restitué après avoir fait des excuses.
Les mêmes troupes ont abandonné l'intention de descendre le drapeau du consulat français, après que le consul eut ordonné à la garde de tirer si le drapeau était amené.
| retour 24 janvier 1926 |







































































