| Paris-Soir - 24 janvier 1926 |
Araignées du soir
Les carnets qui se ferment
Les commis d'agents de change et les commis de coulisse ont fermé leurs carnets, ils sont en grève. De mauvaises langues prétendent qu'il s'agiraît plutôt d'une sorte de lock-out, le mouvement qui soulève les employés de cette corporation ayant été plus ou moins ouvertement fomenté par les patrons...
Quoi qu'il en soit, voilà une grève dont le Français moyen comprendra difficilement les motifs, en dépit des explications qu'on s'efforce de lui prodiguer.
Les boursiers cessent le travail pour protester préventivement contre certains projets de la Commission des finances, entre autres, contre l'élévation à 1, 2 et 3 pour mille de la taxe sur les opérations de Bourse. Le Français moyen qui abandonne couramment entre les mains du percepteur 6, 8 et 10 pour cent de son salaire, ne parvient pas à trouver excessive une redevance de trois francs sur une vente de mille francs.
J'entends que le Français moyen n'y connaît rien. Une opération de Bourse ne peut pas toujours être assimilée à une vente ordinaire, c'est le plus souvent une sorte de virement à haute fréquence roulant sur des chiffres fort supérieurs aux disponibilités de l'acquéreur. Hélas! le Français moyen demeure fermé à ces subtilités, il appelle tout cela de la spéculation et la spéculation ne lui a jamais été sympathique.
Les commis en grève font état d'un autre argument. Frapper trop lourdement les échanges de valeurs, disent-ils, c'est menacer la Bourse de paralysie. Mais le Français moyen ne verrait aucun inconvénient à ce que la Bourse souffre de paralysie, ou tout au moins d'hémiplégie.
Bernard GERVAISE,
| retour 24 janvier 1926 |







































































