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L'Œuvre - 02 mai 1926


L'Oeuvre 1926 05 02 Les ruines de la légion d'Honneur

LES RUINES DE LA LÉGION D'HONNEUR
La maison de Saint-Denis va être mise en vente

Quand les Américains et les Anglais sont venus à Paris dépenser leurs dollars et leurs livres sur la butte Montmartre, ils n'ont pas vu toute la France. Mais s'il y avait pour les conduire un manager intelligent, il les mènerait voir une splendide propriété nationale qui sera bientôt mise en vente. Peut-être l'achèteraient-ils ? C'est la maison de la Légion d'Honneur, à Saint-Denis.

Elle tombe en ruines. Et l'Etat n'a pas les moyens de l'entretenir et de la restaurer. Son aspect est déjà misérable. L'explosion de la Courneuve, en 1919, l'a presque complètement décoiffée. Elle a brisé les vitres et enfoncé les portes. Depuis, on a rafistolé comme on a pu la toiture avec de la toile goudronnée. Mais cela ne tient plus, et, sous une véritable écumoire, tous les combles sont inondés dès qu'il pleut. Il faudrait cinq cent mille francs, au bas mot,pour remplacer l'ardoise déjointoyée, refaire les conduites et remplacer les gouttières. Le Conseil de l'Ordre, administrateur, ne les a pas. Ses ressources suffisent à peine pour conserver aux Loges et à Ecouen, les deux autres établissements d'éducation pour filles de légionnaires.

Alors, quatre cent-cinquante jeunes écolières, souvent orphelines, vont un jour prochain quitter la vieille abbaye des moines augustins où, depuis 1809 depuis 117 ans se fit leur éducation, celle de leurs mères et celle de leurs aïeules. C'est un terrible crève-coeur pour Mme la sur-intendante et tout le personnel, et les fillettes n'y restent pas insensibles.
Bien sûr, ce n'est pas fait encore. Le projet est seulement dans l'air. Mais comme aucune prévision de recettes n'est en vue, comme il faut payer, d'abord, les dettes américaines et anglaises et quelques autres encore avant que de voir nos monuments nationaux réparés, le Parlement ne pourra se dispenser de voter la désaffectation de la Légion d'honneur, et la mise en vente des locaux, du parc et des jardins.
Des acquéreurs se présentent déjà. Ils ne veulent pas acheter d'un bloc, certes, l'édifice du XVIII aux lignes majestueuses, les cloîtres et le cimetière des moines. Mais un petit bout de terrain leur conviendrait parfaitement pour construire des maisons de rapport ou des bicoques.
Quant aux orphelines, elles iront où elles pourront. Rien ne peut les recevoir encore. Ecouen a ses 220 élèves, Les Loges en abritent 200. Tout est plein. Il faudra donc construire quelque chose. Où ? On parle d'Ecouen, de Saint-Germain. On cherche. On n'a pas, pour cela non plus, d'argent. Et c'est une chose infiniment triste que d'assister ainsi à l'écroulement d'une des institutions les plus nobles que la France possédait. L'ordre de la Légion d'Honneur, on le sait, fut créé le 29 floréal an X. Le décret du 2 mars 1808 créa le titre de chevalier. L'an d'après, les fillettes des légionnaires reçurent à Saint-Denis un abri et des soins. C'est fini ou presque. Le robuste édifice s'effrite. Le jeune troupeau va s'enfuir...
Mais on paiera, rubis sur l'ongle, nos bons amis anglais, et nos alliés américains.

E. B.


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