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Le Matin - 02 mai 1926


Le Matin 1926 05 02 Les vieux cris de Paris

LES VIEUX CRIS DE PARIS

Le vacarme, à Paris, est devenu si assourdissant qu'il n'y a plus moyen d'entendre ce qu'on appelait «les cris de Paris».
Sirènes et klaksons, trompes et sifflets ont étouffé la voix des petits métiers, cette voix qui semblait, non sans raison, si expressive et si poétique. Et encore, à en juger par les chroniques d'autrefois, bien des cris de Paris avaient disparu au cours des siècles.
S’il n'est pas trop tard pour parler d'eux, consultons le "Dict des cris de Paris", de Guillaume de Villeneuve, ouvrage en vers du XIII siècle, qui nous livre de pittoresques détails sur les coutumes de jadis.

Donnons d'abord la parole aux barbiers qui tenaient étuves et bains et qui étaient enrôlés avec les chirurgiens sous une seule et même bannière, celle de saint Côme et de saint Damien.
« Seignior quar vous alez baingnier
Et estuver, sans deslaier
Si baing sont chaud, c'est sans mentir »
(Seigneur, allez vous baigner sans tarder, les bains sont chauds, c'est sans mentir.)

Venaient ensuite les marchandes de harengs, les fameuses harengères du Petit-Pont célébrées par Villon:
Sor et blanc, haren frais poudré
Harenc notre vendre voudré
Menuise vivre orrez crier
Et puis alètes de mer.
(Le hareng saur, le hareng blanc, frais et saupoudré. Vous vendrais-je de notre hareng ? Entendez-vous crier la menue vive et les alètes de la mer ?)

Après le poisson, les viandes et les volailles :
Oisons, pigons et char salée
Char fresche moult bien couraée
Et de l'aillie a grant planté.
(Oisons, pigeons et chair salée,
chair fraiche et bien parée et de l'aillée en quantité.)
Nos ancêtres, paralt-il, aimaient fort cette aillée. C'était une sauce composée
de pain ail, d'amandes et de mie ensemble et détrempés avec du bouillon. On la conservait comme de la moutarde.

Et l'on criait encore :
Or au miel (Dieu vous doinst santé)
Et puis après pois chauds pilez
Et feves chaudes par delez.
(Voici du miel, que Dieu vous garde en santé. Et puis après des pois chauds pilés et fèves chaudes tout auprès.)
Pois et fèves ayant, au treizième siècle, le plus grand succès.

Les crieurs de fruits avaient une aimable chanson :
Aoust de pêches,
Poires de chaillou et noix fresches
Primes ai, pommes de rouviau
Et d'Auvergne le blanduriau
(Pêches d'août, poires de chaillou et noix fraiches. J'ai les premières pommes de rouviau, et du blandu-reau d'Auvergne.)
Les poires de chaillou venaient de Cailleaux, en Bourgogne; on les mangeait cuites ou confites. Les pommes de rouviau (calville rouge) et de blandureau (calville blanc) cédèrent le pas, plus tard, aux pommes de paradis et au «capendu», dont on parfumait les armoires.

Citerons-nous encore:
Vinaigre qui est bons et biaux
Vinaigre de moustarde i a
Diex a il poinct de lie la ?
(Vinaigre qui est bel et bon. Voilà vinaigre de moutarde. Pour Dieu, n'y a-t-il pas ici de lie (de vin) à vendre ?)

Et pour terminer :
Chauds pastés, y a chaus gastiaux
Chaudes oublies renforcies
Galettes chausdes eschaudez
Roinsolles, ça denrées aux dez !
Les flaons chaus pas nes oublies.
(Voilà des pâtés chauds, des gåteaux tout chauds, de chaudes oublies, renforcées, galettes chaudes, échaudés, rissolles, gâteaux à jouer aux dés. N'oubliez pas les flans tout chauds.)

On le voit les tentations de gourmandise ne manquaient pas jadis.

G. B.


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