| La Dépêche - 02 mai 1926 |
UN DISCOURS de M. Herriot
«Pourquoi ne pas tenir au peuple l'âpre langage de la vérité?»
Lyon, 2 mai. M. Edouard Herriot a présidé l'inauguration d'une salle des fêtes à Champagne (Rhône). Le président de la Chambre a fait un exposé sur la situation présente; il s'est attaché surtout à montrer que la Chambre actuelle, dont on critique l'œuvre parce qu'on la connaît et comprend mal, a eu à résoudre quatre problèmes qui, jusque-là, avaient été différés bien que la liquidation d'une guerre formidable en imposât la solution. Ces quatre problèmes étaient :
1. Le problème des réparations, qui donnait lieu à d'incessantes polémiques;
2. Le problème des dettes interalliées:
3. Le problème de la sécurité;
4. Le problème du rétablissement financier intérieur.
L'affaire des réparations a été réglée par la conférence de Londres qui, sans justifier les extraordinaires promesses faites au cri de «l'Allemagne paiera!» a procuré et continue de procurer à la France, en accord et non plus en conflit avec ses alliés, des réalités substantielles dont les chiffres publiés par la C. D. R. sont nettement supérieurs à ceux de la Ruhr.
Pour les dettes interalliées, dont on dit à tort que le règlement avait été ou pouvait être lié à l'affaire de la Ruhr, la majorité actuelle aura eu du moins le mérite d'aborder franchement une difficulté qu'il était évidemment plus aisé d'ajourner ou de nier. Sur se point encore, en ce qui concerne l'Amérique ou l'Angleterre, elle doit arriver à de formules plus faciles à contester qu'à étabir, mais qui nous permettront d'arriver à la stabilité.
En ce qui concerne la sécurité dans la paix promise au peuple français et par lui à tous les peuples, la majorité a fait un loyal et solennel effort; elle a proposé aux nations réunies à Genève un protocole à la fois idéaliste et pratique pour le règlement de toutes les difficultés pouvant conduire à la guerre; elle a mis sa signature au bas de celui-ci. Il n'a pas dépendu d'elle qu'elle ne fût suivie.
Les conditions de la politique européenne ont conduit M. Briand à concevoir les formules de Locarno. Pour le redressement financier, la Chambre actuelle a eu au moins cette originalité et ce mérite:
1. D'équilibrer le budget avec ses ressources normales:
2. de mettre fin à l'endettement de la France;
3. de commencer le règlement de notre situation par un procédé autre que le ruineux procédé des emprunts, dont l'échec fut manifeste en mars 1924, lors des opérations du Crédit national.
M. Herriot a conclu en ces termes :
Si, dans la recherche de la justice fiscale et des solutions hardies que réclament aujourd'hui tous les citoyens réfléchis, le parti démocratique s'est heurté à des obstacles qu'il n'a pu vaincre, c'est pour des raisons que connaissent tous ceux qui ont suivi les événements. Aux démocrates de redoubler de cohésion et d'action. L'effort sera encore long et rude; nous aurons peut-être à souffrir encore pour que les générations à venir connaissent sort meilleur que le nôtre dans une République plus heureuse. Pourquoi ne pas tenir à ce peuple, qui a pour première qualité d'être brave, l'âpre langage de la vérité?
Je fais pleine confiance à ceux qui assurent aujourd'hui au parti démocratique sa force et sa durée, aux élèves de cette école laïque dont les bienfaits commencent à se mesurer et je ris, bien loin de me fâcher, lorsque j'entends prédire l'échec des idées démocratiques dans ce pays qui est certainement, en ses parties laborieuses, non pas plus timide, mais plus hardi que nous.
| retour 02 mai 1926 |







































































