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Le Petit Parisien - 07 mars 1926


Le Petit Parisien 1926 03 07 Ceci est-il un conte ? Comment s'assurer l'héritage de son mari

CECI EST-IL UN CONTE?
Comment, pour s'assurer les deux millions de l'héritage de son mari,

une veuve aurait simulé la naissance d'un enfant posthume


Mlle Angèle-Alice Meunier avait environ trente ans, quand elle épousa M. Tavenart, gros industriel, qui en avait soixante et un et était grand-père.
Le mariage avait été précédé d'un testament instituant Mlle Meunier légataire universelle. Le mariage lui-même se fit sous le régime de la communauté réduite aux acquets et le contrat fixait à 1.000 francs l’apport de chacun des deux époux.
M. Tavenart étant mort huit mois après, laissant une fortune de deux millions, ces deux millions se trouvaient, par suite du contrat, appartenir exclusivesment à la communauté, au détriment des petits-enfants. Ceux-ci s'en émurent. Mais ils durent suspendre toute action, Mme Alice Meunier s'étant déclarée enceinte. Tout dépendait de la venue au monde du nouvel héritier.
Y est-il jamais venu? Non, soutenait, hier, devant la deuxième chambre de la cour, M Rosenmark, qui a raconté ceci :
«Mme Tavenart serait allée faire ses couches à Novaro, en Italie, et, avec le concours de sa bonne, Sara Forni, elle aurait simulé l'accouchement d'un enfant qui vécut tout juste assez pour être héritier, c'est-à-dire vingt-quatre heures.»
Accouchement simulé, insista M Rosenmark en s'appuyant sur les termes d'un jugement rendu en Italie, puisque Mme Tavenart ne pouvait accoucher réellement, n'ayant jamais été enceinte. L'enfant qu'elle avait déclaré comme le sien, elle avait eu toutes les peines du monde à se le procurer. Il lui avait fallu s'adresser à deux sages-femmes, à un médecin et à deux filles-mères. L'une des filles-mères accoucha vraiment, mais d'un enfant mort-né. D'où nécessité de recommencer. La seconde fllle-mère n'était grosse que de huit mois. Or le temps passait. Elle dut accoucher avant terme, ce qui d'ailleurs permit de faire croire que son enfant aussi était mort-né et de lui enlever cet enfant, qu'on apporta à Mme Tavenart pour qu'elle le déclarât en son nom comme l'enfant posthume de M. Tavenart. Après quoi cet enfant pouvait mourir sans inconvénient et même avec profit, ce qui arrriva en effet vingt-quatre heures après, comme on l'a vu..
Toutes ces manœuvres feraient, en ce moment, l'objet de poursuites dont est saisie la justice italienne, qui tient sous les verrous la bonne Sara Forni, à défaut de Mme Tavenart qui avait repassé les Alpes pour rentrer en France.
Elle y retrouva les petits-enfants de son défunt mari, qui lui intentèrent une double action en révocation du testament de M. Tavenart et en annulation de son contrat de mariage.
Ce procès attend son tour devant la deuxième chambre du tribunal. En attendant, Mme Tavenart réclama en référé une provision de 50.000 francs. Le juge des référés lui ayant refusé cette provision, elle fit appel, et c'est ainsi qu'hier cette extraordinaire aventure a été contée par Me Rosenmark.
Inutile de dire qu'au nom de Mme Tavenart, Me Giudicelli a soutenu que tout ceci n'est qu'un conte, que Mme Tavenart a bel et bien accouché, que son mariage et le testament de M. Tavenart s'expliquent tout naturellement par cette circonstance que, depuis quinze ans, il était l'ami de celle dont il fit sa femme.
La cour se prononcera à huitaine.


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