| La Lanterne - 07 mars 1926 |
Et nos créances?
En toute honnêteté, le règlement de nos dettes ne se conçoit pas sans celui de nos créances. Si nous devons aux Anglo-Saxons des sommes considérables dont ils ne sont mullement disposés à nous faire une remise autre que fort limitée, nous sommes, nous-mêmes, dans l'obligation de recouvrer les sommes dont des Etats actuellement prospères nous sont redevables.
Sans parler de la Russie, avec laquelle des négociations sont engagées, de la Grèce, de la Pologne et de certains. Etats du Sud-Amérique, nous avons un compte avec la Serbie. Le moment semble opportun pour récupérer des créances dont l'origine remonte au moment où la Serbie jouait son va-tout et où elle eût été en perdition sans notre aide généreuse, morale et pécuniaire. Pourrait-on oublier à Belgrade les emprunts émis dans notre pays, en francs or avant la guerre ? Aurait-on si peu de mémoire que l'on n'y sache plus que l'armée française, en reconstituant les débris des forces militaires serbes, a permis à un peuple vaillant mais démuni, de jouer la carte de la victoire ?
Il y a quelques semaines, les porteurs de fonds serbes eurent une lueur d'espoir lorsqu'ils apprirent l'arrivée à Paris d'une mission à la tête de laquelle était le Dr Milan Stoyadinovitch, ils avaient quelques raisons de croire que ce diplomate aurait souci d'un règlement qu'il sait être l'une des préoccupations du gouvernement français. Or, nous avons eu la déception de constater que l'envoyé de la Serbie négligea de prendre même contact avec nos porteurs de titres serbes et partit pour l'Amérique en déclarant qu'il reprendrait la question à son retour.
Ce procédé ne laissa pas d'inquiéter l'opinion et de paraître un peu désinvolte, encore qu'il nous soit difficile d'imaginer une défaillance inadmissible. On a dit alors qu'il y avait un désaccord complet entre les propositions de règlement officiellement faites et les conditions que le délégué serbe pourrait accepter. Nous sommes pourtant informés que les contre-propositions de M. Stoyadinovitch étaient indignes de nous comme de la probité d'un grand pays allié.
Or, ces jours-ci, MM. Nintchitch et Stoyadinovitch, ministres des Affaires étrangères et des finances de Yougoslavie sont à Paris. Ils ort eu avec MM. Briand et Doumer des entretiens que nous avons signalés et où il fut certainement question de la dette serbe.
Dans la situation où la France a été jetée par les conséquences de la guerre, elle se voit sans doute contrainte d'exiger de ses débiteurs ce que ses propres créanciers n'hésitent pas à exiger d'elle. C'est là ce qui ne saurait échapper aux diplomates yougoslaves qui sont actuellement nos hôtes.
Nous avons le ferme espoir qu'une question d'intérêt ne troublera pas les relations amicales qui nous lient depuis si longtemps avec la Serbie. Puisque la générosité n'est plus permise à un peuple ruiné par son héroïsme, il faut au moins qu'il puisse compter sur la loyauté purement commerciale de ceux de ses amis auxquels il prêta sans compter, lorsque sa prospérité, aujourd'hui disparue, le lui permettait.
P. D.
| retour 07 mars 1926 |







































































