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Le Matin - 07 mars 1926


v Le Matin 1926 03 07 Il y a déjà trente ans que Henri Becquerel, a découvert la radioactivité

LES TRENTE ANS

de la radioactivité

Il y a déjà trente ans qu'un savant français a découvert la radioactivité. C'est en 1896, en effet, que Henri Becquerel, par un heureux hasard, s'attaqua aux sels d'uranium, et, à la faveur d'expérimentations photographiques, reconnut que ce corps et ses composés pouvaient, sans intervention de la lumière ultra-violette, émettre des rayons capables d'impressionner la plaque sensible à travers des corps opaques et de provoquer aussi l'ionisation, c'est-à-dire de rendre bons conducteurs de l'électricité les gaz réputés isolants. Et tout cela tenait du prodige.
Mme Curie, à son tour, se penchait sur l'uranium et ses composés. La merveilleuse propriété révélée par Becquerel était confirmée par le thorium. En moins de trois ans, la grande physicienne, aidée de son mari et de M. Bémont, décelait dans la pechblende bohémienne des éléments autrement puissants que l'uranium et coup sur coup, annonçait la découverte du polonium et celle du radium, véritable métal-sphinx par le nombre et la qualité des énigmes qu'il posait à la science.
Le corps nouveau, dont la radio-activité s'avouait de quelque deux millions de fois supérieure à celle d l'uranium, se trouvait en doses si infinitésimales dans le minerai autrichien que, pour en obtenir des scrupules, force fut de s'adresser à l'industrie.
Mais la science touchait au rêvé de Paracelse. L'évocation de la pierre philosophale est licite, quand on songe aux expériences victorieuses de Bordas, Rutherford et W. Ramsay qui, dans l'espace d'un lustre, grâce au radium, réalisèrent la chimère alchimiste de nombreuses transmutations de la matière.
Source pratiquement inépuisable de chaleur, d'électricité, de lumière, et si formidable que l'énergie dépensée par un gramme de radium équivaut à plusieurs milliards de chevaux-vapeur, le radium apparaissait comme un défi à toutes les conceptions scientifiques du passé.
Les rayons de ce corps spontanément lumineux, tout comme les rayons X, illuminaient les corps phosphorescents, impressionnaient la plaque photographique, traversaient tous les corps connus, ionisaient les gaz, déchargeaient l'appareil électrique. Ils transformaient l'oxygène de l'air en ozone, gaz stérilisateur sans rival, décomposaient l'eau, coloraient. le verre et les sels alcalins, et détenteurs d'une chaleur constante, se montraient inexplicablement insensibles à toutes les variations de température, sans parler de leurs mystérieuses émanations se communiquant aux corps étrangers comme des parfums subtils et capables comme eux d'être distillées !
Il allait suffire enfin à Becquerel d'oublier dans sa poche un petit tube de radium, d'être, à travers ses vêtements, brûlé par les rayons-lynx, pour que l'action de ceux-ci sur les tissus cutanés devint évidente et que la science possédât l'arme qui, déjà, promet la défaite du cancer.
La carrière du radium est à ses aubes. Elle est déjà triomphale. Il n'existe cependant, d'après la statistique de M. Matignon, dans les laboratoires et hôpitaux du monde entier, que 300 grammes de l'inappréciable substance. La production européenne s'est quelque peu accélérée depuis qu'elle est devenue l'apanage des Belges, qui obtiennent environ quatre grammes par mois, au cours le plus récent de près d'un million et demi de francs le gramme.
Il est difficile de prévoir tout ce que l'humanité peut attendre encore du radium. Mais il est acquis que loin de se refroidir la terre se réchauffe gråce à ses trésors de substances radioactives et que l'homme peut obtenir un regain de vigueur de l'utilisation des principes radioactifs.


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