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Le Petit Parisien - 07 mars 1926


Le Petit Parisien 1926 03 07 L'ancien forcat Chantecaille pourra désormais vivre honnêtement en France

v Le Petit Parisien 1926 03 07 01 02 Chantecaille gracié

L'ANCIEN FORCAT CHANTECAILLE POURRA DÉSORMAIS VIVRE HONNÊTEMENT EN FRANCE
SA PEINE VIENT D'ÉTRE COMMUÉE

M. René Renoult, ministre de la Justice, vient de signer la grâce du forçat Honoré Chantecaille, qui, après s'être évadé cinq fois du bagne et avoir vécu trente ans une existence laborieuse et honnête à Angoulême, s'était, au cours d'un accès de paludisme, constitué prisonnier en septembre 1924.

(Voir à la troisième page l'émouvante histoire de l'ancien forçat.)

L'ÉMOUVANTE HISTOIRE DU FORÇAT CHANTECAILLE

On a vu d'autre part que l'ancien forçat Chantecaille vient d'être l'objet d'une mesure de grâce. Sa peine a été commuée en celle de vingt ans d'interdiction de séjour. Rappelons brièvement l'émouvante histoire du prisonnier.

Condamné à la relégation, il y a quarante ans, le 5 août 1886 exactement, il s'évada cinq fois de la Guyane, dans des conditions qui étonneraient le plus imaginatif des auteurs de films rocambolesques. Puis il vint s'établir comme garçon boulanger à Angoulême, fonda une famille et vécut trente années de labeur et d'irréprochable conduite.
Le 6 septembre 1924, au cours d'une crise de paludisme, il alla se constituer prisonnier à Poitiers. Depuis lors, au dépôt des relégués d'Angoulême, où il avait été interné, il attendait qu'une décision fût prise à son égard.
Toute la presse réclama naguère la grâce de l'ancien forçat, auquel sa nouvelle existence d'honnêteté donnait le droit de reprendre sa place dans la société. La Ligue des droits de l'homme plaida sa cause; des pétitions, signées des habitants de Ma Campagne, le petit coin où habitait Chantecaille, furent envoyées en sa faveur au garde des Sceaux. Le maire d'Angoulême sollicita lui- même personnellement le pardon du forçat.
Un convoi de relégués devant partir prochainement pour l'ile de Ré, une ultime démarche fut tentée. Elle devait enfin aboutir à la mesure de clémence que l'on connaît. Le département de la Charente n'étant pas compris dans ceux dont la résidence lui est interdite, Chantecaille va donc pouvoir habiter Angoulême, retrouver son foyer et reprendre son métier chez son ancien patron, qui lui a promis de le reprendre à son service dès sa libération.

A LA PRISON D'ANGOULEME

«Je n'ai jamais douté de la justice!» s'écrie Chantecaille en apprenant que, gracié, il va revoir sa femme et ses enfants et pouvoir reprendre son métier chez son ancien patron

Angoulême, 6 mars (d. P. Parisien.) Dès que nous est parvenue, ce matin, la nouvelle de la décision prise par le ministre de la Justice, nous nous sommes empressés d'aller la porter à celui qui, anxieusement, attendait d'être fixé sur son sort. Chantecaille, vous êtes gracié et vous allez être remis en liberté ! C'est par ces mots que nous saluons l'ancien forçat, lorsqu'il pénètre, accompagné d'un gardien, dans le parloir de la prison.
Dans la pénombre de la salle, malgré le double grillage qui nous sépare de Chantecaille, nous voyons son pauvre visage s'éclairer d'une joie intense.
Je suis heureux au delà du possible! s'écrie Chantecaille. Je vais donc revoir ma femme et mes enfants et pouvoir continuer ma vie d'honnête homme: voilà dix-huit mois que j'espère cette heure si belle pour moi. Mais jamais je n'ai douté de la justice. La voici accomplie. Je crois m'être entièrement réhabilité: j'espère que la société m'absoudra, comme mies juges l'ont fait, et qu'elle ne me tiendra pas rigueur d'une faute de jeunesse, depuis si longtemps expiée. Dans son bonheur, Chantecaille n'a plus qu'un souci. C'est de savoir combien de temps prendront encore les formalités de sa mise en liberté. Nous le tranquillisons, en lui assurant qu'elles ne dureront pas plus de quatre à cinq jours.
Ma pauvre femme, comme elle va être contente! répète Chantecaille. Nous lui promettons d'informer celle-ci de la bonne nouvelle et le prisonnier gracié nous quitte avec son gardien sur ces mots.
- Dès que je serai libre, ma première visite sera pour vous... Ajoutons que les gardiens eux-mêmes de Chantecaille se sont associés à sa joie. Il n'y a qu'une voix parmi eux pour louer la conduite exemplaire qu'il a observée pendant ses dix-huit mois de geôle à Angoulême.


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