| La Lanterne - 14 mars 1926 |
Le nouveau ministère Briand
M. Briand succède à M. Briand. On n'est jamais mieux continué que par soi-même, et il fallait que le négociateur de Locarno continuât la politique de Locarno.
C'est assurément sous la pression des événements de l'extérieur que ce cabinet à été formé avec une aussi surprenante rapidité. On peut sans doute faire vite et bien, la qualité d'un gouvernement n'est pas liée à la durée de sa gestation.
A vrai dire, M. Briand, qui ne comptait pas apporter un large remaniement à sa précédente combinaison, s'y est vu contraint par la défection de quelques éléments cartellistes. Il lui a fallu remplacer MM. René Renoult, Daladier, Chautemps et Chauvin. Les gauches verront avec regret rentrer dans le rang des hommes qui avaient leur confiance, mais elles voient avec plaisir M. Malvy au ministère de l'Intérieur. La belle revanche offerte au condamné de la Haute-Cour a pour nous la signification d'une justice tardive, mais éclatante.
D'autre part, M. Lamoureux succède à M. Daladier et c'est toujours un radical qui demeure chargé de poursuivre la réforme démocratique de l'enseignement. Enfin MM. de Monzie, Durafour et Laval restent les fidèles collaborateurs de M. Briand.
Le point délicat était sans doute l'attribution du portefeuille des finances. Il a été remis aux mains de M. Raoul Péret.
L'ancien président de la Chambre jouit d'une sympathie unanime; dans la séance nocturne où succomba le précédent cabinet, il a tenu le langage de la raison; nous n'oublions pas, en outre, qu'il fut président de la Commission du budget. Il arrive donc au Palais du Louvre avec une initiation déjà ancienne. Nous pouvons attendre de lui un programme et la volonté de la réalisation.
Pas de cabinet qui, dès son apparition, ne suscite quelques mécontentements; celui que vient de former M. Briand ne donnera pas pleine satisfaction aux socialistes, qui attendaient M. Herriot, ni à certains radicaux, indissolument liés au cartellisme intégral.
Mais il y a le pays qui veut le règlement très prochain de la question financière, le pays avide de stabilité et lassé de luttes stériles. M. Briand bénéficie donc comme entrée de jeu, d'un désir de détente et d'entente. Il aura certainement, au premier jour, un crédit de confiance.
Encore faudra-t-il que les actes répondent aux espérances de l'opinion. La politique intérieure a visiblement cédé devant les exigences des affaires internationales. M. Doumergue a formé le cabinet «de Genève», mais il faut qu'il soit aussi le cabinet de la victoire financière.
F. H.
| retour 14 mars 1926 |







































































