| La Lanterne - 14 mars 1926 |
LES HEURES TRAGIQUES DE GENEVE
Une suggestion de M. Stresemann
Ce qu'on pense du conflit à Londres et à Berlin
Genève, 13 mars. Le Dr Stresemann, ministre des affaires étrangères du Reich, publie, ce soir, dans «le Journal de Genève», un long article dont nous extrayons, à titre documentaire, les passages suivants :
«On a d'abord dit que le nombre des sièges au conseil devait être augmenté de trois sièges permanents. Cette idée n'était pas praticable; on aurait eu besoin, pour l'exécuter, d'une unanimité qu'il n'était pas possible d'obtenir...»
M Stresemann dit ensuite qu'on aurait été justifié de mêler l'Allemagne à cette querelle si la thèse était exacte d'après laquelle la Suède se trouve sous la tutelle politique de l'Allemagne et n'exécute que les volontés de l'Allemagne. Mais cette thèse n'est pas, car l'attitude de la Suède est complètement indépendante du point de vue allemand....
Plus loin, il rappelle qu'au cours d'une session extraordinaire, qui était destinée à être consacrée à l'entrée de l'Allemagne dans la S. D. N., une pression extrêmement forte a été exercée sur cette dernière pour l'amener, avant qu'elle fasse partie du conseil, à accepter que d'autres puissances entrent, en même temps qu'elle, dans ce conseil, et à se prononcer ainsi, par avance, en faveur d'un groupe contre un autre.
Puis le ministre des affaires étrangères du Reich se défend contre le soupçon qui pèse sur l'Allemagne de vouloir, après son entrée dans la Société, paralyser le développement de cette institution et empêcher autrui d'y entrer. On fait preuve à l'égard de l'Allemagne, dit-il, d'une méfiance que rien dans son attitude n'autorise.
Les représentants de 1'Allemagne ont déployé tous leurs efforts pour faire triompher, en Allemagne, l'esprit de Locarno et l'idée de la collaboration allemande à l'œuvre de la S. D. N.
Il serait absurde de supposer qu'une fois entrée dans la Société l'Allemagne agira comme si elle avait un intérêt spécial à voir repousser la demande polonaise. L'Allemagne est prête, ajoute M. Stresemann, après son admission, à s'employer pour que cette question soit résolue, en automne, au cours d'une session ordinaire.
Il appartiendra à la majorité du conseil et à la majorité de l'assemblée de se prononcer; l'Allemagne acceptera la décision de cette majorité, quelle que soit cette décision et même si l'Allemagne ne fait pas partie de la majorité.
L'opinion en Allemagne
Berlin, 13 mars. - Les correspondants des journaux, à Genève, defendent tous le point de vue négatif adopté par la délégation allemande et présentent, par avance, la défense de l'Allemagne contre les tentatives qui ne manqueront pas d'être faites, disent-ils, de lancer contre le Reich l'opinion publique mondiale.
Le correspondant de l'agence Wolff à Genève, déclare, au sujet de l'opinion de la délégation allemande, qu'il est impossible à l'Allemagne de s'écarter de son principe fondamental qui est de ne prendre, avant son entrée dans la Société des nations, aucun engagement relatif à sa politique future au sein de la Société, en particulier pour ce qui concerne son atitude à l'égard des aspirations de certaines nations.
Ce correspondant ajoute qu'en communiquant ce point de vue à M. Chamberlain, on l'a informé que la proposition allemande, en vue de constituer une commission préparatoire qui ferait un rapport à l'assemblée de septembre sur l'élargissement éventuel du conseil, avait continué à être étudiée par ja délégation du Reich,
Les journaux admettent tous que la démarche faite par l'Allemagne a éclairci la situation et qu'une décision dans un sens ou dans un autre interviendra aujourd'hui.
La Tagliche Rundschau dit qu'il n'y a aucune raison de supposer que le refus de l'Allemagne provoque une rupture des pourparlers
A Londres, on fait encore preuve d'un certain optimiste
Londres, 13 mars. - Bien que les milieux officiels britanniques reconnaissent que la situation à Genève est extrêmement grave, ils déclarent que tout n'est pas encore perdu et que le fait que les conversations entre les représentants des puissances signataires des traités de Locarno sont rompues ne signifie pas nécessairement que l'admission de l'Allemagne dans la S.D.N. ait refusée ou ajournée à plusieurs mois. On fait d'ailleurs ressortir à Londres que les traités de Locarno ne peuvent pas entrer en vigueur avant que l'Allemagne ait été admise dans la S.D.N. et que, par conséquent, les controverses actuelles à Genève n'impliquent pas l'annulation de ces traités, mais simplement l'ajournement de leur mise à exécution.
Par ailleurs, White Hall n'a pas encore reçu d'informations de Sir Austen Chamberlain annonçant que la situation était désespérée.
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