| Paris-Soir - 21 mars 1926 |
LA POLITIQUE
Le Manifeste des socialistes
«Il n'est pas possible, aujourd'hui, de compter sur une majorité stable pour une entreprise de réforme active et hardie.» Cette phrase contient toute la substance du Manifeste que vient de publier le Parti socialiste. Une majorité «d'action et de combat» s'était formée au lendemain des élections générales ». Elle n'a pas tenu. Les événements ont montré que «les partis de démocratie bourgeoise n'offrent pas une cohésion suffisante pour résister au choc des forces économiques, qu'ils ne reposent pas sur une réalité sociale définie et homogène et qu'ils ne sont plus ou ne sont pas encore capables, à l'heure présente, de couvrir telle faiblesse intime par l'enthousiasme et l'entraînement de l'action.»
Cette situationa eu pour conséquence une sorte de «paralysie» de la législature.
Les réformes promises ont été «ajournées ou éludées».
Les impôts écrasent «la consommation et le travail».
L'ordre financier et monétaire, sapé par le Bloc national n'est pas encore rétabli.
Certes, la France a repris la tête de cette politique de paix qu'avaient longuement, préparée les travaux du «Socialisme International». La face de l'Europe «a été modifiée». C'est un fait de la plus haute importance que les socialistes sont loin «d'oublier ou de méconnaître».
Mais le pays attendait davantage. Il voulait «le progrès et la justice au dedans comme la paix au dehors». Il n'a même pas obtenu celle-ci puisque de sanglantes aventures coloniales se. prolongent».
Déception ! «Désarroi moral, désordre persistant, découragement politique».
Et, par surcroît, «inquiétude qui pèse sur tous les intérêts matériels. Le Parti socialiste ne se borne pas à cette critique sévère, mais juste, des deux années que nous venons de vivre.
Il rappelle, avec une légitime fierté, ses propres initiatives dans tous les domaines, depuis son persévérant effort pour le règlement pratique et équitable du problème des réparations, pour «l'organisation internationale des changes et du crédit» jusqu'au prélèvement sur le capital, à la lutte contre les privilèges fiscaux et la fraude.
Au surplus, le Parti socialiste ne s'en tient pas au rappel de son activité si féconde et si clairvoyante. Il se déclare prêt à seconder toute tentative loyale en vue de fonder à nouveau un gouvernement capable de ranimer l'élan démocratique du pays ».
C'est la politique de soutien qu'il envisage ainsi.
Mais il affirme également qu'il ne refuserait point d'assumer les respon sabilités du pouvoir, persuadé qu'un gouvernement «résolu à briser les spéculateurs, à mettre fin aux enrichissements scandaleux, à rétablir la souveraineté de l'Etat» aurait l'appui de la nation.
Le Manifesté socialiste, avec modération et fermeté, exprime à la fois les inquiétudes des masses laborieuses et leurs aspirations profondes. De la démocratie tout entière, celle qui travaille et que menace l'insécurité géné rale, il recevra le meilleur accueil.
L-0. FROSSARD.
| retour 21 mars 1926 |







































































