| Comœdia - 28 mars 1926 |
La Musique
M. Hislop dans "La Bohème
Un ténor anglais, venant de Belgique, a chanté en italien sur une scène française ; il y obtint un succès considérable,
M. Hislop était précédé d'une très grande réputation. Puccini n'avait-il pas dit de cet artiste qu'il était le meilleur «Rodolphe» in the world? Nous ne nous sentons évidemment pas qualifié pour exprimer un jugement aussi définitif et devant l'autorite du compositeur de La Bohème, nous ne pouvons que nous incliner.
Que vous dirons-nous de plus ? Que la réputation de M. Hislop se justifie parfaitement; que sa voix est vraiment très belle; que son émission essentiellement italienne convient admirablement à l'ouvrage interprété et qu'il en possède le style; qu'il connaît à fond son métier et qu'il n'a pas manqué un seul des effets vocaux qu'eût pu faire le meilleur des chanteurs ultramontains.
Le médium de M. Hislop est robuste; il ouvre les sons jusqu'au fa naturel et l'aigu s'épanouit avec force dans une sonorité pleine et forte. D'autre part, M. Hislop articule nettement et prononce de manière irreprochable la langue du Dante. Longuement applaudi après le grand air du premier acte, qu'on chercha vainement à lui faire bisser, il eut dans tout l'ouvrage des sons aigus d'une large ampleur
Oui! mais... que Mme Yvonne Brothier qui, pourtant, vendredi, était grippée, dispose donc d'un magnifique organe, pur, homogène, émouvant, soutenu par une respiration longue et une virtuosité intelligente, et que M. Bourdin a donc du talent! Quel joli chanteur et quel comédien !... Celui-la est vraiment d'une très grande classe.
Certes, nous ne protesterons jamais quand on présentera sur nos théâtres subventionnés des artistes comme M. Hislop, dont la valeur n'est pas discutable, mais nous sommes bien aise de constater que les nôtres font bonne figure à leurs côtés, car MM. Rousseau, Tubiana, Guénot, Mlle Corney, sous la direction de M. Lauweryns, ont également accompli leur tâche avec talent.
Le spectacle commençait par Le Festin de l'Araignée. Quel petit chef-d'œuvre! Habituellement, on le joue en fin de soirée, mais avant-hier, on a voulu que nous restions sur l'impression de La Bohème.
Pierre Maudru.
Le Concert du Chœur Mixte
Ce n'est pas un mince mérite pour les directeurs du Choeur Mixte de Paris, MM. de Ranse et Bonval, d'avoir réservé un plein programme à la musique contemporaine. Pour qui connaît les tribulations actuelles d'un chef de choeur, souvent obligé de mener ses répétitions avec des effectifs incomplets jusqu'au ternie fatal de l'audition publique, un tel acte ne manque ni de saveur, ni d'audace.
Quelques œuvres nouvelles. Un charmant et vif Rondeau de Georges Ritas, une pièce de M. Marc David, celui qui dort dans l'ombre, d'un lyrisme sobre, d'une ligne souple, soutenu sous d'évocatrices harmonies, et enfin, de M. Mario Versepuy, un Joli mois de mai, où un thème populaire d'Auvergne est habillé d'harmonies savoureuses et vivantes.
Parmi les solistes, je cite le chant plein d'autorité et de feu de M. Hazart, les voix ravissantes de Mmes Mairet, Roger-Bernard. D'autres noms mériteraient de prendre place ici. Ils sont trop!
Je louerai l'interprétation chorale brillante, homogène d'une manière générale, toujours intelligente. Les effets de force ont de l'éclat et d'exquises douceurs leur succèdent. Ce but fut atteint grâce à la double direction, vigilante et ferme, de MM. de Ranse et Bonval.
Quelques pièces de violoncelle vinrent faire diversion au programme choral. Elles furent habilement exécutées par M. Paul Bazelaire..
Paul Le Flem.
A la Salle Erard |
Mme Hasselmans, pianiste
Le concert donné par Mme Hasselmans à là salle Erard était en réalité un hommage à Gabriel Fauré au cours duquel elle apporta la contribution de son talent ainsi que le firent également le quatuor Krettly et Mme Alicita Felici. La séance comprenait le Premier quintette, la Bonne Chanson et le Deuxième quatuor pour piano et cordes. Dans ces diverses œuvres, Mme Hasselmans a, une fois de plus, fait apprécier un jeu coloré, expressif et particulièrement bien équilibré dans celles exécutées avec les cordes. Mme Alicita Felici dont la voix est agréable, bien que parfois un peu gutturale, fut une interprète sensible de la Bonne Chanson et sut exprimer tout le charme qui se dégage de cette suite de mélodies si caractéristiques de l'inspiration fauréenne. Quant au quatuor Krettly il fit preuve de la solide technique et de l'intelligente compréhension musicale qui ont fait sa réputation.
A la Salle de l'Ancien Conservatoire |
«La Vie pour le Tsar», de Glinka.
Au premier abord l'idée de donner une exécution de concert avec accompagnement de piano à quatre mains d'un opéra dont l'intérêt réside en grande partie dans le spectacle visuel peut paraître téméraire. Il faut croire que non, puisque le public s'y était rendu en tel nombre que le pauvre critique que je suis n'a pas pu pénétrer dans la salle. Je ne puis donc, à mon grand regret, donner aucun compte rendu de cette séance qui obtint, si j'en crois les on-dit, un énorme succès.
A la Salle des Agriculteurs
Récital Chopin par M. Victor Gille
M. Victor Gille s'est fait une spécialité d'interpréter Chopin. Entendez par là qu'il le joue à sa manière. A mon grand regret j'avoue ne pas la comprendre. Je me trompe peut-être beaucoup, mais je crois que Chopin serait le premier étonné s'il entendait interpréter sa musique avec aussi peu de simplicité et avec autant d'affectation. Pourquoi mettre tant d'intentions et de sous-entendus dans des pièces qui n'en comportent évidemment pas. Pourquoi cet excès de rubato qui donne une impression de dislocation dans le rythme. Etant donné que le public s'écrasait littéralement à la salle des Agriculteurs l'autre soir, il faut croire que c'est M. Victor Gille qui a raison. Mais en y réfléchissant, le bluff et le snobisme n'ont-ils pas une grande part dans ce succès ? Je n'oserais pas affirmer le contraire,
Jean Messager.
Dixième Concert Walther Straram
Les géographes de la musique, qui ne sont pas nécessairement de grands voyageurs devant l'Eternel, ne manquent jamais d'opposer l'Allemagne d'Hindemith à la France de Milhaud, à l'Autriche de Webern, voire à la Russie de Prokofieff. Nous ne connaissons pas assez la nouvelle école musicale allemande pour oser affirmer qu'elle a trouvé dans l'œuvre de M. Paul Hindemith son expression la plus caractéristique, et nous voudrions qu'il nous fût permis d'en douter.
La musique de chambre de ce musicien commence à se répandre chez nous. Elle nous montre sans cesse d'ardentes qualités et de graves défauts. Elle atteste une facilité extraordinaire, une abondance prolixe, naturellement un peu molle. La Kammermusik no 2 qui est un concerto pour piano et orchestre de chambre, trahit très particulièrement l'absence de curiosité harmonique de son auteur, en même temps qu'une incontinence mélodique qui se confond rapidement avec l'absence de mélodie. La conduite des quatre mouvements de la Kammermusik n° 2 est commise à une polyphonie impatiente, dont chaque instrument est invité sans excès de politesse à marcher sur les pieds ou au besoin sur la tête de son voisin. En sorte que la course ressortit à la bousculade et que l'excès de hâte conduit au piétinement. Le piano ne reste point au-dessus de la mêlée; il s'y fraye un passage avec modestie, usant sans arrêt d'un contrepoint à deux parties qui va son petit bonhomme de chemin sans fatigue et d'ailleurs sans joie. L'instrumentation de ce concerto est heureusement aussi claire que possible et consciencieusement équilibrée. Elle n'offusque point le jeu du soliste, dont le rôle est extrêmement délicat. Ce canon perpétuel à deux voix, cette strette obstinée réclament de leur interprète une conscience dans la virtuosité, une patience dans l'abnégation qu'ils ont eu le bonheur de trouver en Mlle Andrée Vaurabourg. La grâce un peu fière et cette espèce de sévérité ravissante que Mlle Vaurabourg mettait encore tout dernièrement au service du concertino d'Honegger, avec plus de profit, nous ont permis de résister à l'ennemi qui naît ici de la verve uniforme de M. Hindemith. On ne saurait assez louer M. Straram d'inscrire à ses programmes des œuvres inconnues ou fameuses sans jamais prendre souci du «succès de baguette» qu'elles peuvent ou non valoir à leur animateur. Les mérites qu'on acquiert en écoutant la Kammermusik no 2 sont peu de chose au prix des vertus qu'il faut pour la diriger en perfection, avec la certitude de ne pas recevoir le prix de ses efforts.
Il en allait de même à l'égard de l'Allègre, lent et scherzo de M. Maugüe pour alto principal et orchestre. L'incomparable alto de M. Maurice Vieux prêtait pourtant ici les couleurs et les chaleurs de l'Orient aux molles arabesques qui font de cette œuvre languissante un assez médiocre centon de Glozounow. Il en allait encore de même à l'égard du Dialogue en quatre parties où le curieux génie de M. Georges Migot se livre à des recherches d'équilibre qu'on suit avec une sympathie trop inquiète pour qu'elle s'accompagne de plaisir.
La séance débutait par une parfaits exécution de la symphonie en mi bémol de Haydn, une des plus achevées du vieux maître avec son andante ravissant. Et M. Maurice Vieux, déjà nommé, recueillit après une exécution scrupuleuse et délicieusement sensible d'un concerto inconnu de Handel les applaudissements vigoureux et légitimes d'un public charmé.
SAINT SYGNE.
| retour 28 mars 1926 |







































































