| L'Humanité - 28 mars 1926 |
Les événements de Chine,
Les armées nationales prennent des mesures énergiques pour défendre Pékin
La situation en Chine va chaque jour en s'aggravant. On assiste à une sorte de dislocation générale. Tout est bouleversé, Les forces en lutte semblent combattre dans la nuit, ceux que l'on devrait voir unis se tirant parfois dans le dos.
De nombreux indices montrent que le gouvernement de Pékin et les armées nationales ne suivent plus la même direction.
Alors que ces dernières prennent des mesures énergiques et font de suprêmes efforts pour empêcher que Pékin ne tombe aux mains de Tchang-Tso-Lin et de Ou-Pei-Fou, agents de l'impérialisme étranger, Tuan-Tsi-Jui, le chef de l'Exécutif, pro-japonais notoire se serait réfugié à la légation japonaise pour y chercher protection.
Le coup d'Etat militaire de Canton.
A Canton, d'après les informations de ces jours derniers, s'est produit un coup d'Etat militaire dont il n'est pas encore permis d'apercevoir la portée. Le géneral Chiang-Kai-Shek, chef des armées nationales du sud, se serait joint avec ses troupes, à son rival le général Li-Chai-Sun, pour réprimer une révolte militaire à Canton et briser un complot extrêmiste de grande envergure sur le point d'aboutir et qui tendait à s'emparer du gouvernement. Ils ont pris possession des bureaux de syndicats, ont fait irruption dans le Club russe, en chassant ses occupants, et auraient fait jeter en prison tous les «leaders rouges» qui étaient maîtres de la ville.
En même temps, les mêmes dépêches, toutes de source anglaise, annoncent que le gouvernement de Canton a envoyé une lettre au gouvernement de Hong-Kong (colonie anglaise), lui annonçant qu'il était prêt à envoyer trois personnalités officielles en vue de négocier avec une délégation nommée par les autorités de Hong-Kong, pour le règlement de la question du boycot..
On sait que depuis l'été dernier, après les événements de Shanghai, où la police anglaise fusilla les ouvriers chinois en grève, le boycot des marchandises anglaises fut décidé en guise de représailles. Tout récemment, l'Angleterre tenta d'user de la force pour faire cesser ce boycot et décréta le blocus de Canton. Très vite, elle dut abandonner cette mesure, mais le litige restait pendant. Les négociations pour le règlement du conflit devaient être engagées avec le comité de grève de Canton, ce à quoi les autorités de Hong-Kong se refusaient. Le gouvernement de Canton, de son côté, entendait ne pas se substituer au comité de grève. Le fait, qu'aujourd'hui, il consent à traiter directement avec Hong-Kong indique un changement d'orientation.
C'est ce que les journaux anglais enregistrent avec satisfaction. Il est naturel qu'ils se réjouissent d'un succès de l'ignoble besogne que mènent là-bas les capitalistes anglais pour briser le mouvement révolutionnaire et syndical.
La réaction capitaliste semble l'emporter un instant dans une partie du nord et du sud de la Chine. S'ensuit-il que le mouvement de libération en soit écrasé ? Allons donc. On n'écrase pas le désir de vivre et librement d'une nation qui a les dimensions d'un continent et qui compte près d'un demi-milliard d'habitants. La Chine est comme la Russie. Sa suprême défense contre les rapaces internationaux est dans la masse de son territoire et de sa population. Les calculs égoïstes des capitalistes se heurteront à cette réalité puissante. Ils échoueront pour ne l'avoir pas estimée à sa juste valeur.
L. L.
| retour 28 mars 1926 |







































































