| Le Funi- 11 avril 1926 |
Le bourrage de crânes hebdomadaire
La mort de l'étudiant Ridard Victoire du 1er avril (M. Gustave Hervé)..
Vraiment, les autorités devraient bien apprendre à leurs policiers à reconnaitre une troupe de jeunes gens bruyants; échauffés et sans armes, d'une bande d'émeutiers menaçant sérieusement l'ordre public; jamais on ne fera croire à personne qu'on ne pouvait disperser et écarter de l'Elysée et du ministère de l'Intérieur cette colonne de jeunes patriotes qui venaient étourdiment se jeter dans la gueule du loup, sans jouer du gourdin ou sans lancer des coups de poing à assommer un bœuf.
Euh! Euh! M. Hervé Gustave, vous y allez un peu fort en disant que ces jeunes gens ne jouaient pas du gourdin. Alors qui a blessé les agents?
Du reste, le gourdin, il le possède continuellement, et ce n'est certainement pas pour ramasser des confettis!
Voici enfin ce qu'a dit, en pleine séance, M. Robert Bos, conseiller municipal.
Ce sont ces jeunes gens, qui marchent en rangs dans la rue, marquent le pas, la matraque à la main.. et n'hésitent pas, à frapper en réunion publique les contradicteurs pour leur faire entrer dans la tête les idées qu'ils se refusent à admettre.
Le Petit Parisien du 7 avril publie la nouvelle suivante :
New-York, 6 avril (d. P. Parisien).
Le bandit Chapman a expié cette nuit, quelques minutes après minuit. Il marcha vers l'appareil de pendaison d'un pas ferme.
Jusqu'ici on croyait que les condamnés à mort des Etats-Unis d'Amérique étaient électrocutés.
Le Petit Parisien, lui, préfère la pendaison. Comme dit l'autre, c'est son affaire!
La Presse et l'Opinion
Il faut bien s'enfoncer dans la tête que la vente au numéro ne suffit pas pour couvrir les frais nécessaires à l'impression d'un quotidien.
Il existe donc des recettes d'un autre ordre.
Les premières, très avouables, tiennent toutes dans la publicité commerciale.
Les autres recettes occultes, proviennent surtout de l'appui des commanditaires intéressés à l'affaire.
Certes, le Bulletin de la Bourse, s'il est bien mené, rapporte aussi de gros capitaux. On ne soupçonne pas ce que telles dépêches, en dernière heure, permettent des coups de bourse, où l'annonceur s'est assuré d'avance un joli bénéfice.
Certains journaux se font même les conseilleurs, qui en l'espèce, sont tout le contraire des payeurs.
Toutes les associations commerciales, économiques, politiques, etc., ont des attaches solides dans la Presse.
Parfois on est stupéfait de les voir là où vraisemblablement elles ne devraient guère se fixer.
Mais une diplomatie habile, poussée jusqu'au machiavélisme, explique fort bien la chose.
Le lecteur, c'est le spectateur qui n'a d'yeux que pour la scène; il ignore le plus important: ce qui se passe dans les coulisses.
Il faudrait un volume pour signaler tous les trucs, les combines qui soutiennent un journal, comme autant de cordes et de tasseaux équilibrent un décor de théâtre.
Les badauds qui s'arrêtent sur le boulevard, devant cette maison d'où l'on voit rouler de formidables linotypes, seraient bien plus émus de ces témoignages du Progrès; s'ils pouvaient remarquer la petite machine étrange qui classe et présente les copies au metteur en pages.
C'est elle qui coupe, rogne, ajoute, rature, amplifie, atténue, crée de toutes pièces l'écho sensationnel; non, pour la satisfaction du lecteur, mais pour celle de la pieuvre qui dirige la machine. Car la machine elle n'est faite que de la main du directeur ou rédacteur en chef, tandis que la pieuvre, c'est l'organisation supérieure qui paie, et dont les tentacules s'étirent, infinies.
Ajoutez à cela les subventions du Ministère de l'Intérieur, puisées dans les fonds secrets.
Pour l'aliment de la politique internationale, peut-on affirmer que les journaux ne touchent pas des autres pays? Il y a des précédents...
Quant au rédacteur ce n'est qu'un employé, suivant la formule d'un directeur du «Matin».
Sa copie peut fort bien être modifiée, sinon supprimée, et les as du journalisme n'y échappent pas, même quand on a un «nom»...
Le bourrage de crânes, n'est donc pas accidentel, chaque ligne est mûrement pesée. Il n'est pas un mot qui ne soit mis avec attention.
D'un journal dit «politique», la suggestion est moins facile; le lecteur, (à son insu, même), se défend d'avance d'avaler toutes les affirmations qu'il rencontre comme d'absolues vérités. Mais d'un journal «d'informations», prétendu neutre il n'en est pas toujours de même. On y accorde plus facilement foi.
Cependant les bégonias que sont les mensonges par prétérition, les silences coupables, etc..., y fleurissent tout aussi nombreux, que dans les plates bandes des journaux de partis.
«Je crains l'homme d'un seul livre» pensait Saint-Thomas d'Aquin. Plaignons donc l'homme d'un seul journal, car, petit à petit, ses convictions s'émoussent et ses opinions s'effritent.
Il n'est bientôt plus qu'une pâte flasque et molle, maniable à volonté.
| retour 11 avril 1926 |







































































