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Le Provençal de Paris - 03 mai 1925


La question des oignons à fleurs et l'Amérique

Nos excellents amis d'Amérique, s'amusent de temps en temps à nous jouer de bons petits tours qui paraissent innocents à leurs yeux, mais qui, parfois, s'ils étaient pris au sérieux, menaceraient se ruiner une région tout entière.

Oh je sais bien que l'intention de nuire est loin d'être dans leurs projets. Ils ont aidé la France, dans un passage difficile, ils ont répondu Présent à la voix de Lafayette qui, du fond de sa tombe, les avait appelés à la rescousse. Les luttes qu'ils ont dû soutenir pour leur liberté, la présence au milieu des batailles du célèbre marquis, tout le souvenir des guerres de l'indépendance leur est revenu à l'esprit et ils ont levé l'armée formidable venue au secours de la liberté menacée.

Ces souvenirs sont encore vivaces et malgré les immigrés de toute origine, les vieilles familles américaines gardent précieusement gravé dans leur cœur, les preuves d'amitié que Lafayette et ses compagnons donnèrent aux insurgés.

Ceci nous met à l'aise pour parler d'une mesure récente prise contre les bulbiculteurs du littoral et qui est de nature à jeter une grande perturbation parmi les cultivateurs du Midi, de la Ciotat à Menton.

Voici ce dont il s'agit depuis quelques temps, les Américains demandaient à nos cultivateurs les oignons à fleurs dont ils avaient besoin. Les commandes se firent nombreuses et les prix atteignirent des chiffres que l'on aurait eu peine à croire, il y a quelques années.

Devant cette augmentation, les producteurs américains se demandèrent s'ils ne pourraient, à un moment donné, se passer de ces achats en produisant chez eux les fameux oignons.

Nous avons, pensaient-ils, des climats égaux à ceux de Provence, nous produisons des agrumes comme eux, ne pourrions-nous cultiver nous-mêmes les bulbes? Et, dans ce but, ils en importèrent le plus qu'ils purent; puis, bien pourvus pour engager la lutte, ils demandèrent au Federal Horticultural Board de Washington, leur Ministère de l'agriculture, d'appliquer dès 1926, la quarantaine N° 37 qui interdit l'entrée en Amérique des bulbes de narcisses.

Mais il convenait de ménager les susceptibilités françaises et l'on ne pouvait avouer que cette interdiction avait un but égoïste. Aussi la direction de l’Horticultural Board prit comme prétexte que la quarantaine N° 37 serait dorénavant appliquée pour protéger les cultures américaines contre les parasites qui pouvaient être introduits avec les oignons importés.

De là, les protestations des horticulteurs varois et la nomination d'un comité de défense, à la tête duquel se trouve M. Trotobas, maire d'Ollioules, un des centres de la culture des oignons à fleurs. Ce comité a tenu ses assises à Sanary, à Carqueiranne, à Ollioules, devant des foules de cultivateurs.

Au dernier meeting tenu à Toulon, se trouvaient les sénateurs et députés, et de nombreux cultivateurs du Var; les intéressés des Alpes-Maritimes étaient présents et nous avons remarqué M. Aussel, le distingué secrétaire général de la Fédération horticole de France et M. Belle, directeur des services agricoles des Alpes-Maritimes.

Devant un nombreux auditoire, M. Lemoyne, secrétaire du comité a exposé la question avec beaucoup de clarté, faisant remarquer qu'il fallait aider le service phytopathologique ayant à sa tête M. Poirault que les horticulteurs connaissent bien et faire le possible pendant les quelques mois qui restent à courir avant que l'interdiction ne soit complète, pour n'envoyer en Amérique que des bulbes parfaitement sains, afin que la direction de l'Horticultural Board ne puisse invoquer la maladie de ces bulbes pour justifier cette interdiction.

La question en est là; le Gouvernement s'en occupe; il va en être question au Congrès de Harlem où M. Aussel défendra nos cultivateurs; il en sera question aussi à un congrès qui se tiendra bientôt à Washington et où un technicien français, M. Soulier, défendra les intérêts de notre région. Il s'appuiera sur les visites faites à nos cultures par des savants belges, hollandais, anglais, etc., qui, ayant vu les cultures, ont déclaré qu'elles étaient saines et que nos bulbes pouvaient entrer en Amérique sans crainte de contamination pour les cultures qui y existent.

Espérons que nos amis d'Amérique, reviendront à de meilleurs sentiments et qu'ils se rendront aux raisons invoquées par le Comité de défense des horticulteurs varois et de tous ceux qui ont étudié cette importante question.

Claude Brun, Directeur du Réveil Agricole; Membre et ancien Président du Conseil Général du Var.

Provençal de Paris 1925 05 03 - la question des oignons à fleurs dAmérique
Ollioules dans le Var Marius, Georges, Pierre TROTOBAS ou Trotobas, le père, surnommé "Titi "
La place des Palmiers en images, aujourd'hui c’est la place Jean Jaures La place "Marius Trotobas père et fils" inaugurée avec émotion à Ollioules (sur abonnement), mais ce n’est pas la place des Palmiers


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