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Un dramatique enlisement
Victor Hugo a dit de l'enlisement: «C'est un sépulcre qui s'est fait marée et qui monte du fond de la terre vers un vivant». Sous une forme romantique, le poète exprime bien ce qu'il y a de mystérieux et d'hallucinant dans cette mort.Heureusement, elle est fort rare. Les habitants des côtes où se trouvent des sables mouvants connaissent l'emplacement de ceux-ci et les évitent.
Pourtant, il y a une quinzaine, on a eu à déplorer une tragédie de ce genre. Une demoiselle Pauline Conti, âgée de quarante-huit ans, et demeurant à Saint-Benoît-des-Ondes, sur la baie du Mont Saint-Michel, voulut traverser une partie de cette baie, à marée basse, se trompa de chemin et, s'étant engagée sur une piste dangereuse, mourut enlisée. Des pêcheurs retrouvèrent son cadavre le lendemain. On sait qu'aux environs du Mont-Saint-Michel se trouvent des sables sournois. Cela tient à la formation de cette grève où, jusqu'au VIII siècle, existait une immense forêt, nommée forêt de Scissy. En 709, une marée d'équinoxe, chassée par un violent vent du Nord, engloutit cette région boisée tout entière. Mais les cours d'eau qui sillonnaient la forêt continuèrent de couler souterrainement. Là où ils passent encore de nos jours, le sable n'a pas de consistance et s'enfonce sous les pas. On imagine combien atroce est l'agonie de ceux qui sentent le sol se dérober sous eux, les attirer, les happer, les envelopper peu à peu d'un linceul de sable d'où nul effort ne peut les arracher. On se rendra compte de la force de succion de ces sables en rappelant qu'au siècle dernier, un bâtiment échoué sur la grève, dans une partie inconsistante, s'enfonça si rapidement et si profondément qu'en vingt-quatre heures il avait disparu jusqu'au sommet des mâts.
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