| Le Funi - 17 mai 1925 |
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A COUPS DE CISEAUX… LES DERNIERES VOLONTES D'UN FUMEUR. A Kulbach, en Tchéco-Slovaquie, vient de mourir le colonel Werner Bauer, qui avait été un grand fumeur; aussi exigea- t-il, par testament, que l'on mit dans son cercueil sa pipe et sa blague à tabac ! Ainsi fut fait et l'on avait déjà mis le pauvre colonel en bière lorsque la veuve se rappela qu'elle avait oublié un détail important elle fit rouvrir le cercueil et y introduisit une boîte d'allumettes ; à quoi donc pensait le colonel de partir pour un tel voyage, sans allumettes, ou avec un briquet bien garni avec des pierres de rechange. Le Perlot. UN REPAS DE DEUIL. Si le noir est la couleur officielle du deuil, il est rare de pousser le souci de le porter jusqu'à son manger, si l'on peut ainsi s'exprimer. C'est pourtant ce que fit un lord anglais qui, revenant des funérailles du roi Edouard VII, commanda à son chef un repas dont tous les plats devaient être en communion avec son affliction. Et voici le menu qui lui fut servi sur un drap noir lamé d'argent : POTAGE A LA BETTERAVE NOIRE CANAPÉ DE CAVIAR OLIVES NOIRES BORTSCH A LA TSARINE CRÈME A LA NÉGRESSE FILET DE SOLE AU BEURRE NOIR CÔTELETTES AUX MORILLES GROUSES RÔTIES SALADE DEMI-DEUIL TRUFFES A LA SERVIETTE COMPOTE DE PRUNEAUX CAFÉ NOIR On conviendra cependant que la douJeur n'avait pas coupé tout à fait l'appétit à l'honorable lord. L'Indépendant. LES APTITUDES ET LA COULEUR DES YEUX. Les yeux sont les miroirs de l'âme ; les metteurs en scène américains de l'écran estiment que la couleur des yeux d'un artiste indique les aptitudes pour un rôle d'un caractère particulier. Et ils se basent sur le tableau suivant pour distribuer l'interprétation de leurs films : Bleu foncé : pureté d'amour, affection. Bleu clair: constance, bonne humeur. Bleu pâle soupçonneux, impérieux. Gris ou gris vert: impulsif, impressionnable. Vert brun: coquetterie, manque de sincérité. Brun foncé : passionné. A vous, mesdames, de regarder dans un miroir la couleur de vos jolis yeux. Comoedia. GASPILLAGE. Ce n'est pas qu'en France que d'ardents pionniers se sont faits les défenseurs de l'orthographe simplifiée, mais simplifiée à l'extrême, et purement « fonétik». En Angleterre, le Dr Levin, apôtre de «l'orthographe du bon sens, ne néglige aucun moyen propre à convaincre l'opinion publique de la nécessité d'une réforme dans cet ordre de choses. Il vient de se livrer à des calculs minutieux afin d'établir une curieuse statistique. Patient autant que convaincu, il a, par ses peines infinies, découvert qu'un grand journal quotidien utilise en un an «45 millions de millions» de lettres muettes, de signes superflus. Tout cela, d'après lui, constitue un gaspillage qui coûte chaque année à la totalité de la presse de langue anglaise, la bagatelle de... 200 millions de livres sterling! Sans parler du temps perdu par les lecteurs ! Daily Chronicle. FLÂNERIES LITTÉRAIRES Paul-Louis COURRIER humoriste Le centième anniversaire de l'assassinat mystérieux de Paul-Louis Courrier, vigneron pamphlétaire, a été commémoré le mois dernier à Tours, par plusieurs notabilités du monde littéraire. Les journalistes et surtout les publicistes de province sont qualifiés pour le revendiquer comme «patron». Courrier avait beaucoup d'esprit. On en jugera par les quelques pensées «maîtresses» extraites de l'œuvre trop peu connue du pamphlétaire tourangeau que nous donnons plus loin. Les humoristes pourront, en le relisant, trouver en «Paul-Louis» un précurseur de l'humour bien français. Ne perdons pas de vue également que Courrier doté d'une rare culture, s'affirme un admirable écrivain, remarquable à la fois pour l'élégante correction classique de son style et pour «l'allure» d'un esprit alerte et caustique. Sa verve mordante contribue à faire de Courrier un polémiste de premier ordre. Et maintenant, citons notre auteur (Nouvelles Littéraires, 9 avril). « J'ai vu deux classes dans ma vie, gens de lettres et gens d'épée. Non, la postérité ne doutera jamais combien dans ce siècle de lumière et de bataille, il y eût de savants qui ne savaient pas lire et de braves qui faisaient dans leurs chausses... ». « C'est l'Imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création et Caïn lisait les journaux dans le Paradis terrestre. Les ministres le disent, et les ministres ne mentent pas surtout à la tribune». (Ne jurerait-on pas vraiment, seulement d'après cette dernière flèche que M. de la Fourchardière en a pris de la graine et de la meilleure. L'ironie du vigneron tourangeau semble s'apparenter terriblement avec celle de gentilhomme poitevin !...). « Les gens qui savent le grec sont cinq ou six en Europe: ceux qui savent le français sont en plus petit nombre ». (Et en 1925 ?) «Croyez-moi, les habiles en littérature sont ceux qui, comme les Jésuites de Pascal, ne lisent point, écrivent peu et intriguent beaucoup ». (Bien avant M. Fernand Divoire, Courrier voyait alors dans le jeu des habiles et parfaits stratèges littéraires). Combien notre vigneron a raison ! Ces quelques pensées suffisent amplement à «sacrer» Courrier philosophe et critique. Et qu'on nous dise si nous n'avions pas raison d'affirmer qu'il faut voir en «Paul-Louis» un humoriste d'avant la lettre et de première lignée ?… Ach. Gaston DALLAY,
de l'Association des Littérateurs Indépendants.
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