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On connait de réputation la famille Vermandel qui donna le jour à tant de champions sportifs. Et le cycle, le cheval, l'escrime, la course à pied, eurent en eux des « As » pour les représenter partout sans défaillance. A cette glorieuse génération, il devait y avoir un grand artiste et ce fut Léo qui s'attaqua au sport à la mode, c'est-à-dire à la Danse pour laquelle il créa de toutes pièces un dispositif merveilleux, d'un mécanisme à la fois compliqué et précis. Un simple coup d'œil au cliché que nous publions montre à quel degré Léo a poussé la bizarrerie sans toutefois négliger la perfection. Son Jazz-Band est un véritable orchestre complet et il fait sensation à la Foire aux Jambons où il était en bonne place.
Né à Roubaix en 1891, Léo ressent dès son jeune âge un irrésistible amour pour la musique et ces dispositions lui valurent bien des punitions à l'école où il amenait un petit accordéon pour distraire ses camarades pendant la classe. Malgré les réprimandes du maître, les corrections de la famille, le futur roi du Jazz-Band persévéra et parvint à se produire en public dans un intermède de clown musical où il excellait.
Mais la guerre vint et Léo partit comme télégraphiste pour faire son devoir dans l'armée belge. Il emporta, naturellement, son accordéon dont le chant plaintif ou joyeux encourageait les Héros de Dixmude et de l'Yser. Les hostilités terminées, Léo imagina son curieux appareil qui joue 32 instruments: grosse caisse, tambour basque, cloches, claquettes, boîte à coco, castagnettes, crécelles, roulement de tambour, klakson, sirène, trompe d'auto, que sais-je encore !... Six embouchures. sont à la portée de sa bouche et sa tête est recouverte d'une multitude de grelots et de clochettes. Son accordéon, splendide piano d'harmonie, n'a pas moins de 208 touches et tandis que ses pieds actionnent les pédales, manœuvrent les leviers, Léo trouve encore, en jouant, en tirant, soufflant, battant, remuant, le moyen de chanter dans une musiquette un entraînant solo d'une justesse incomparable.
Artiste touriste accompli, puisqu'il circule tantôt en Normandie, tantôt dans le Nord ou en Touraine, Léo prête son concours aux œuvres de bienfaisance qui font appel à sa virtuosité exceptionnelle. Récemment encore, à la salle Wagram, il participa à une importante fête de nuit et son succès fût énorme. Juché confortablement sur son trône roulant, en l'espèce une petite voiture montée sur roues garnies de pneumatiques, le roi du Jazz-Band captive la foule lorsqu'il joue avec son entrain endiablé : Jolie Mousmée, Dolorosa, You-You, J'en ai marre, les Promesses, la célèbre « Belote» de Mistinguette et tout le répertoire populaire des faubourgs et de Montmartre. Léo est habilement secondé par son manager, l'ocariniste A. L. Robinet, bien connu dans les milieux artistiques et sur les boulevards où il obtint, tant au « Théâtre Moderne » qui vient de disparaître par suite du percement du boulevard Hauss- mann, qu'à « Parisiana» et autres grands Music-Halls, une immense vogue par une originale innovation de publicité sur laquelle nous reviendrons quelque jour.
Ex-flûte et baryton d'opéra-comique, représentant de l'ocarina perfectionnée «Trapon»; membre de l'Association des Petits Fabricants et de l'Association Professionnelle des Démonstrateurs Français, Robinet joué de l'ocarina entre chaque morceau de jazz-band. Léo l'accompagne avec son accordéon et la plus délicate mélodie succède agréablement à la plus fantaisiste des cacophonies du Jazz. La foule s'arrête, s'amuse, s'immobilise, les deux musiciens la clouent sur place et la tiendraient ainsi pendant des heures, mais Robinet bonimente, harangue, vend des cartes postales au portrait de Léo... Et tandis que le Jazz recommence son orchestre les gros sous pleuvent dru dans l'escarcelle de ces mélomanes qui justifient leur devise « Probité et Travail ».
Gaston CONY.
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