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Nouvelles des escales

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Paris-Soir - 30 mai 1926


DU POINT DE VUE DE SIRIUS
A qui perd gagne

Le seigneur Abd el Krim, qu'entoura pendant si longtemps la sympathie de ces messieurs les dirigeants du Communisme, vient de se rendre en déclarant qu'il remettait son sort entre les mains de la France cette même France capitaliste et impérialiste contre laquelle il soulevait de malheureuses tribus ignorantes. J'imagine que les communistes, devant un lâchage aussi cynique, ne vont pas manquer de classer le seigneur Abd el Krim dans les rangs des traîtres et des petits bourgeois.
Mais les dirigeants bourgeois, eux, que voni-ils faire ? Ils nous ont présenté Abd el Krim comme un chef de bande et un abominable brigand. Ils ont refusé de discuter ou de traiter avec ce malfaiteur. Quel régime, maintenant qu'il est pris, vont-ils lui infliger?
C'est bien simple. Abd el Krim, de brigand qu'il était, va devenir le glorieux vaincu; l'homme qui, après avoir lutté intrépidement, a noblement rendu les armes. Honneur au courage malheureux. On ne peut mieux faire que de lui servir une petite rente et de lui octroyer une villa du côté de Montmorency.
A moins qu'on ne le nomme colonel dans l'armée française.
Car c'est ainsi : L'adversaire, pendant la guerre, est un criminel promis à tous les châtiments. La paix venue, on lui tire son chapeau. Et les vainqueurs sont dans la logique en se montrant gentils, très gentils avec les vaincus. Car on ne sait jamais ce qui peut arriver.
Ceux avec lesquels on ne prend pas de gants, ce sont les peuples. Il est évident, d'ailleurs, que la masse des combattants ne compte pas. Chair à boucherie, les armées et les tribus n'ont d'autre utilité que de servir les desseins des chefs. S'il en était autrement et si les chefs devaient trinquer, il n'y aurait plus de guerre possible. Il ne faut pas gâter le métier.
Au cours de la grande guerre on n'a cessé de répéter que, la victoire venue, le kaiser serait traité selon ses mérites. On avait même acheté la corde pour le pendre. Guillaume battu s'est retiré paisiblement dans son château et il se laisse vivre en attendant de meilleurs jours.
Abd el Krim est un seigneur de moindre importance. N'importe. Le pain de ses vieux jours est assuré. Pas un cheveu ne tombera de son crâne. Et des sous sont déjà tombés dans son escarcelle.
Il y a pourtant des milliers de morts et de mutilés des deux côtés, des tas de pauvres diables qui s'imaginaient lutter pour l'indépendance de leur pays ou pour la Civilisation, ou encore qui marchaient par force... Il y a les familles de ces sacrifiés... Abd el Krim aura sa villa. Avant quelques mois, Abd el Krim sera invité dans quelque soirée mondaine. Il y rencontrera un des vaillants généraux qui l'ont vaincu. La conversation s'engagera:
- Vous vous rappelez... un soir, j'ai bien failli vous avoir... je vous ai tué deux cents hommes.
_ Oui, mais, le lendemain, je vous en ai mis un bon coup. J'ai fait mitrailler quatre cents des vôtres.
Ensemble : « C'était le bon temps ! »
Là-dessus, un soupir de regret. Et Abd el Krim ira saluer la maîtresse, de maison..
Au fond, voyez-vous, les peuples n'ont que ce qu'ils méritent,

Victor MERIC.

Abdelkrim el-Khattabi

Autres exilés de renom :  Rifaat Al Assad     Jean-Bedel Bokassa     Rouhollah Khomeini     Jean-Claude Duvalier     liste non exhaustive...


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