| Le Petit Journal illustré - 30 mai 1926 |
Des Américains
qui se souviennent.
Il ne faut pas rendre responsable tout un peuple des agissements d'une certaine partie de ceux qui le dirigent. Malgré les apparences, nous avons encore, aux Etats-Unis, un grand nombre d'amis fidèles. Ce sont, pour la plupart, de ceux qui, pendant la grande guerre, ont combattu à nos côtés, ont mêlé leur sang au sang généreux de la jeunesse de France et ayant vécu près de nous, dans notre intimité, ont connu ce qu'était réellement l'âme française,
Ceux-là se souviennent !
Ils se souviennent et nous le prouvent en défendant, chez eux, notre cause, souvent injustement appréciée, en venant chez nous en pèlerinage nous apporter le témoignage de leur affection et de leur fidélité.
C'est ainsi que, tout dernièrement, cinq cents Américains, cinq cents vétérans, sous les ordres du major Neal, sont débarqués en France et ont gagné Paris, pour déposer des fleurs sur la tombe du Soldat Inconnu. Par une autorisation spéciale du gouvernement, ces soldats avaient avec eux armes et bagages, et aussi leur musique. Constitués en troupe régulière, comme ils l'étaient en Amérique, ils ont manœuvré dans les jardins des Tuileries, en présence d'un public ardemment sympathique et, le lendemain, ont remonté l'avenue des Champs-Elysées, pour s'arrêter sous l'Arc de Triomphe.
Mais, si la foule s'est pressée si nombreuse sur leur passage, c'est que ces soldats soulevaient la curiosité. Ils étaient habillés en effet d'uniformes qu'on n'a plus coutume aujourd'hui de voir dans aucune armée moderne et qui rappellent étrangement les anciens uniformes français de la royauté et de l'Empire.
Ainsi l'on vit défiler deux compagnies de Foot-Guards, ou gardes à pied, dont les ancêtres combattirent jadis avec La Fayette et dont les représentants d'aujourd'hui sont encore revêtus d'habits écarlates avec revers de soutache noire et argent, culottes blanches de chamois, jambières de velours noir et, sur la tête, de hauts bonnets en peau d'ours, semblables aux bonnets à poil des grognards de Napoléon; une compagnie des «Richemond Blues», fondées en 1789, tout de bleu habillés, avec plastrons blancs, pantalons longs et shakos surmontés de plumets blancs, «la phalange de Putnam» enfin, qui doit son nom à un héros de la révolution américaine et dont l'uniforme date de Washington : habit à la française, bottes à revers et bicorne à plumet.
Précédées d'une compagnie française, ces troupes traversèrent ainsi une partie de la capitale et s'arrêtèrent devant la glorieuse Tombe de l'Etoile. En présence du général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, des palmes furent déposées, un aumônier récita des prières, on présenta les armes, puis, aux accents alternés de la Marseillaise et de l'hymne américain, nos amis de là-bas regagnèrent leurs casernements.
Tous ceux qui ont pu assister à cette émouvante et curieuse cérémonie s'en souviendront, eux aussi.
| retour 30 mai 1926 |








































































