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L'Homme Libre - 30 mai 1926


v LHomme libre 1926 05 30 Lloyd George n'est pas officiellement exclu de son parti

Nos amis anglais s'amusent. C'est leur droit. Après la chaude alarme de la grève générale, et bien que la grève du charbon dure encore, il leur faut une distraction. Qui pourrait leur reprocher de la trouver dans d'exclusion de M. Lloyd George du parti libéral ?
Au vrai, M. Lloyd George n'est pas officiellement exclu de son parti. Mais au gré des mandarins de celui-ci, il a beaucoup trop fait parler de lui pendant et depuis la grève. Et son attitude n'a pas eu l'heur de plaire à ses amis politiques. Aussi s'est-il attiré de lord Oxford et Asquith -M. Asquith, si l'on préfère- une lettre sévère et cinglante qui constitue à la fois une condamnation éclatante et, pratiquement, une exclusion du parti.
Motif principal: M. Lloyd George a mal parlé de l'Angleterre et s'est par trop rapproché des travaillistes.
En fait, on se souvient que l'ancien Premier britannique a pris parti pour les grévistes contre les employeurs et pour la grève contre le gouvernement. Non content de cela, il a présenté dans un article adressé à un journal américain, la situation de l'Angleterre sous des couleurs assez sombres. Enfin, il a prédit que la grève tournerait mal ou qu'elle recommencerait.
C'est évidemment là un véritable crime de lèse-Angleterre, intolérable pour un libéral loyal. Et c'est bien ce que lord Asquith déplore le plus, qu'un ancien chef de gouvernement britannique ait pu desservir son pays au point de le représenter aux yeux de l'étranger comme étant aux prises avec les pires difficultés économiques et sociales.
A cela, M. Lloyd George répond en ne se reconnaissant coupable que d'une seule faute : celle d'avoir cru et dit que le congrès des Trade-Unions soutiendrait les grévistes jusqu'au bout. Ce qui veut dire, en bon anglais, qu'il désapprouve le «lâchage» des camarades trade-unionistes et qu'il recherche une popularité parmi les grévistes ou leurs amis.
Ainsi se révèle une évolution nouvelle du rusé Gallois. Le voici en train de faire volte-face vers le travaillisme. Après avoir été le plus impérialiste des libéraux pendant la guerre et le plus germanophile des conservateurs dans l'après-guerre, sera-t-il demain le plus révolutionnaire des travaillistes ?
Tout est possible avec un tel homme. Mais rien de ce qu'il fait ou ne fait pas ne doit être pris au tragique. M. Asquith lui-même ne l'a-t-il pas très exactement défini en lui appliquant la définition retournée de M. Gladstone ? Si celui-ci était le great old man, celui-ci est bien vraiment, lui, le little old man.


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