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POUR ET CONTRE
Il est bien entendu que la volage et capricieuse Dinorah a chipé des porte- monnaie et qu'elle a été, dans ses amours -- si l'on peut dire... quelque peu légère... N'empêche qu'elle a l'air de donner à la société, à la société qui, sévèrement, la poursuit, qui, durement, l'a mise en prison - une leçon assez sévère..., Dinorah recueillait des enfants abandonnés... Elle recueillait quelques-uns de ces pauvres gosses qui sont de trop dans de certaines et rares familles, quelques-uns de ces pitoyables petits pour qui le mot maman ne veut, hélas! presque rien dire...
Elle les recueillait et elle ne leur disait pas aussitôt : Vous, vous êtes des enfants abandonnés !... Vous, vous n'avez pas droit aux douceurs, aux tendresses, aux câlineries auxquelles les enfants heureux ont droit... Vous, vous n'avez pas le droit, seulement, d'être des enfants !... Elle leur disait : - Je suis votre maman, moi..., Elle ne leur disait pas : - Vous porterez de tristes uniformes, parce que vous êtes des enfants abandonnés... Il faut que tout le monde sache que vous êtes sans parents... Elle les habillait comme de simples enfants, comme les autres enfants. Elle ne leur disait pas : - Vous avez à choisir entre l'asile et la maison de correction. Si vous êtes bien sages, vous serez prisonniers. Si vous n'êtes pas sages, vous serez forçats... Vous marcherez toujours en rang jusqu'à votre majorité... Vous mangerez toujours la même soupe, toujours les mêmes ratatouilles scolaires et «d'assistance». Vous aurez toujours pour vous asseoir des bancs de bois... Vous serez toujours à l'école, même quand vous jouerez entre les quatre murs d'une cour cellulaire... Vous aurez des professeurs, des répétiteurs, des surveillants, des maîtres... des directeurs... Vous n'aurez jamais, jamais, jamais de parents…
Dinorah, Dinorah la dévergondée, Dinorah la folle, élevait au moins maternellement les enfants perdus, les enfants des autres…
La société n'en a jamais fait autant... La société n'a pas l'instinct maternel; elle n'a que l'instinct administratif...
Maurice PRAX.
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