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L'Homme Libre - 01 juin 1926


v LHomme libre 1926 06 01 L'Homme Libre - Les femmes veutent voter, c'est leur droit. mais... Revue de presse

Le verdict de Budapest

L'étonnant verdict de la justice hongroise dans l'affaire des faux billets, a suscité de nombreux commentaires et laisse sans réponse un nombre respectable, de questions.
Que va faire le gouvernement français, menacé dans ses plus grands intérêts, demande Pertinax dans l'Echo de Paris ? Que vont faire, devant le défi qui leur est lancé, tous les Etats dont les traités de 1918 marquèrent la naissance ou l'agrandissement ? Porteront-ils la querelle devant le conseil et l'assemblée de Genève, interprètes et gardiens de la loi internationale ? On en parle déjà. La méthode est assez risquée: vu la sottise et l'hypocrisie qui, trop souvent, règnent sur la place, elle pourrait bien tourner à la mise en accusation publique du traité de Trianon. Nous apercevons déjà les menées de sir Thomas Goode, proxène des Hongrois, et nous imaginons sans effort les effusions philosophiques du digne lord Cecil. Que les Etats de la Petite Entente s'entendent plus étroitement encore pour tenir la Hongrie en respect et ne lui passent aucune incartade. Pour le surplus, qu'ils publient, d'accord avec la France, toutes les pièces capables d'éclairer l'opinion européenne, à supposer qu'elle existe en ces matières, sur ce qui se trame à Budapest où les faux monnayeurs opèrent de longue date, où la frénésie de revanche affecte les formes les plus curieuses. Le reste ne peut être que déclamation.

La redoutable inertie

L'inertie est, en certaines circonstances. une force redoutable mais c'est aussi un danger. Il semble pour l'instant que nous en sommes menacés et qu'il est grand temps que nous réagissions.
Rien ne serait plus dangereux, dit. M. J. Duboin, dans le «Journal», que d'attendre constamment un miracle qui ne se produira pas ou d'ajourner cette remise en ordre de notre maison jusqu'au jour où une série de conditions problématiques seront réalisées...
Je sais bien que nombreux sont ceux qui croient encore que cela se fera tout naturellement, dès que le franc aura retrouvé son équilibre, que la confiance sera revenue, que les dettes interalliées seront réglées, que la dette flottante sera consolidée, que la balance commerciale sera favorable, que la balance des paiements sera active, que le budget sera équilibré et même suréquilibré, que l'amortissement aura été amorcé, qu'une déflation massive (dernière trouvaille) aura été réalisée, etc... Mais, de grâce, qu'ils ne le disent pas si fort. Cela nous donne froid dans le dos.

Les amazones

Les femmes veutent voter, c'est leur droit. mais réclame M. Georges Ponsot pourquoi l'égalité qu'elles revendiquent n'irait-elle pas jusqu'à partager le «service militaire» ?
Je dis aux deux mille suffragettes de la Sorbonne, déclare notre confrère dans l'Ere nouvelle, que pour réussir dans leur entreprise, elles doivent réclamer, en même temps que leurs droits civiques, civils, politiques, l'obligation d'accomplir leur service militaire, conformément aux textes, règlements en vigueur dans chacune des quarante nations qu'elles représentent. Vous comprenez que je ne puis indiquer, dans cet article, les différentes manières de servir la patrie dans ces quarante pays. Tantôt l'armée est employée à combattre le gouvernement régulier, et à fusiller des officiers généraux ; tantôt, les milices procèdent à des pillages, sur l'ordre du pouvoir et assassinent les libéraux ; bref, il est cent moyens d'être patriotes et de défendre l'honneur de l'armée; le tout est de se conformer aux habitudes de sa nation, quand on est revêtu du noble uniforme de héros qu'est l'habit militaire.

La vierge et le géant

Mme Céline Renooz vient, parait-il, de détruire une des croyances les plus solidement établies de l'humanité chrétienne.
Cette prophétesse du féminisme, conte «l'Impartial français», affirme, après un minutieux examen philologique et archéologique, que le combat classique de David avec Goliath n'a, jusqu'ici, jamais été compris. David, en effet, selon Mme Renooz, n'était pas un homme, mais une femme. La preuve, c'est que tous les adjectifs qui, dans la Bible, se rapportent à ce héros, sont au féminin.
D'autre part, pendant les trois jours de festins donnés par Saul en l'honneur, de la nouvelle lune, David n'était pas là. Pourquoi ? «Il est évident que la crainte d'être mis à mort par le roi ombrageux n'était qu'un prétexte cachant le vrai motif physiologique. Subissant la loi de son sexe, l'intéressée passait pour impure et observait une pudique retraite mensuelle.» Et comme tout s'explique, si l'on admet que le vainqueur de Goliath était une blonde et gracieuse jeune fille ? Quel symbolisme admirable que la victoire de la grâce fragile du sexe faible sur la lourdeur impuissante du sexe fort !

Le moyen pratique de divorcer

Sait-on que dans le vieux droit français il y a un cas de rupture de mariage qui n'a jamais été abrogé ?
Il s'agit, dit «l'Opinion», d'un édit rendu par le Parlement de Paris en 1770, ainsi conçu :
« Quiconque attirera dans les liens du mariage aucun sujet måle de Sa Majesté au moyen de rouge ou de blanc, de parfums, d'essences, de dents artificielles, de faux cheveux, de coton, de corsets en fer, de cerceaux aux jupes, de souliers à hauts talons ou de fausses hanches sera poursuivi pour sorcellerie et le mariage sera déclaré nul et non avenu... »
Le Code civil, complété par la loi du 1er août 1905, appelle cela la tromperie sur la qualité de la marchandise.

Claude Villechaud.

La loi sur les loyers

Le Journal officiel a publié hier une circulaire que le garde des sceaux adresse aux procureurs généraux près les cours d'appel, pour définir les conditions d'application de la loi du 1er avril 1926 réglant les rapports des bailleurs et des locataires de locaux d'habitation.

LA SITUATION DES CHANGES

La déclaration du gouvernement relative au programme de redressement du franc s'est favorablement répercutée sur le marché des changes.
La livre débuta hier matin à 149,50, en baisse de plusieurs points sur les derniers cours de samedi. On s'est tenu toute la journée aux environs de ces cours, la livre ne franchissant que légèrement le cours de 150 pour terminer, en fin de journée, à 150,50.

L'histoire du Livre italien au Pavillon de Marsan

Nous avons, l'autre jour, parlé des merveilles qui étaient exposées à la Bibliothèque nationale et qui devaient constituer la partie principale de l'exposition qui vient de s'ouvrir au pavillon de Marsan. On sait que cette exposition offre aux bibliophiles et aux esthètes parisiens les plus beaux spécimens de ce qu'a produit, au cours des âges, l'art du livre en Italie.
Par les soins de M. de Marinis, les plus belles pièces des bibliothèques de Florence, de Modène, de Parme, de Brescia, et de la propre bibliothèque du roi d'Italie sont groupées au pavillon de Marsan. Cent quatre-vingts manuscrits rares, près de quatre cents livres imprimés, cent soixante-douze reliures recueillis du onzième au dix-neuvième siècle, tels sont les éléments précieux de cette manifestation unique.
Les manuscrits richement enluminés, depuis les anciens copistes jusqu'aux plus récents miniaturistes, feront la joie des amateurs. Les pièces de qualité abondent. Voici une histoire ancienne en latin, par François Phidelphe, et destinée au jeune Ludovic Sforza; un missel romain, illustré par Atalante; le registre des drapiers, les évangiles de la comtesse Mathilde; l'office du Mont-Cassin et le ravissant Roman de Lancelot, relevé de dessins à la plume. Puis des incunables rares, ornés de fines gravures et entourés d'éditions précieuses telles que le premier Homère, en grec; la première édition de Dante, datant de 1472, accompagnée de celle qui contient les gravures de Botticelli (1481); le premier Pétrarque, le premier Aristophane, le plus ancien ouvrage sur la calligraphie qui date de 1473; les livrets illustrés qui servaient aux spectateurs des mystères. Les livres des dix-huitième et dix-neuvième siècles comprennent, entre autres, les célèbres ouvrages du maître italien Badoni.
Et pour dérider les curieux et les graves collectionneurs, une amusante collection des cartes de visite, enrichies d'eaux-fortes, qu'utilisaient les grandes dames italiennes du dix-huitième siècle. Mais il faut renoncer à citer tous les trésors qui composent cette collection incomparable et qui ne sauraient laisser indifférents les plus profanes des visiteurs. C'est la plus magnifique histoire du livre italien qui ait été réalisée jusqu'ici.

M. B.


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