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Le Funi - 04 juillet 1926

 


Le népotisme à l'Académie,

La Chronique Hebdomadaire

Distribution de prix

Le népotisme ne s'abat plus seulement sur toutes les administrations; il étend ses ailes jusqu'à la coupole du Palais Mazarin.
A la récente promotion de l'Académie Française nous avons vu le grand prix de littérature, attribué à M. Gilbert de Voisins.
En quel honneur! Parce que Gilbert de Voisins (et surtout de la famille), n'est autre que le beau-frère de M. Doumic.
Le grand prix Gobert fut pour M. Auguste Cochin, héritier, en toutes propriétés, de M. Henri Cochin.
A M. Jean-Jacques Bernard, échut le prix Paul Hervieu en vertu de son papa, Tristan Bernard.

Cependant l'Académie Française (peut- être un peu honteuse de ces petits cadeaux de camarades) en decernant à l'auteur du Petit café le prix Toirac, prouvait qu'en s'en donnant la peine, elle saurait bien découvrir les noms des véritables méritants.
Enfin, en attribuant à Georges Courteline un grand prix extraordinaire, l'Académie a tout bonnement évité de sombrer dans l'indifférence définitive, ou pis, du grand public.
Elle s'est plus honorée elle-même, que l'auteur du Client sérieux, dont la renommée n'a pas attendu la consécration de ces messieurs du bout du quai.
Descendant des Rabelais, des Brantôme, des Molière, il eut, au siècle dernier, été l'ami des Labiche, des Henri Monnier, d'Alphonse Daudet (Tartarin) de Paul de Kock, etc.

Les guérisseurs

Des guérisseurs passent devant la 10 Chambre correctionnelle, pour avoir sans les diplômes officiels! - soulagé et souventes fois guéri des malheureux; parfois irrémédiablement condamnés par les docteurs.
Dioscoride réclame une condamnation. En quoi il défend son bifteck, on peut le comprendre sans l'approuver. Le rédacteur médical du Journal dit:
«Vous admettrez bien qu'on ne saurait laisser n'importe qui conduire une automobile sans avoir son permis. Pourtant les gendarmes arrêtent de temps en temps des gens qui n'en ont aucun, et qui n'ont jamais causé d'accident, parce que l'occasion ne s'en est pas présentée. Si vous voulez nous faire accepter que se prêter habituellement, professionnellement, à soigner des malades sans avoir fait aucune étude médicale, est un cas véniel, soyez logiques, et laissez circuler sur les routes des automobilistes sans leur demander aucun permis ».
L'argument est spécieux.
Si vous voulez nous faire accepter que, se prêter à soigner des malades, détermine la reconnaissance de responsabilités, au moins égales, à celles d'un conducteur d'auto, admettez alors que toute erreur de diagnostic comme de direction sera réprimée dans les mêmes conditions!
On prétend, mais nous ne l'affirmons pas, qu'il serait parfois préférable de sentir la roue d'une citroën sur la jambe, qu'une aiguille chargée d'un sérum nouveau et merveilleux... dans le gras de la cuisse !

Molière avait raison
La chirurgie peut se prévaloir d'un coefficient de certitudes, parce qu'elle s'apparente à la mécanique.
La médecine n'est pas une science exacte. Les plus grands détracteurs de toute découverte en pathologie ou en thérapeutique sont les médecins eux-mêmes.
Trois grandes écoles se disputent la vérité, mais pendant la bataille, le malade meurt. Hippocrate, Gallien ou Hahenemann, alors passent à ia caisse... De méchantes langues prétendent que deux médecins ne peuvent se regarder sans rire, mais des bonnes langues répliquent Non! ils ne peuvent se regarder sans se disputer!
Cependant, reconnaissons que le commun des mortels est heureux parfois de les trouver;
Au fond du cœur chacun honore ces hommes dont la mission est de chercher à combattre la souffrance, et à prolonger la vie. Il en est d'autres, hélas, dont la mission est sûrement moins belle.

Les abattoirs de la Villette
M. Fiancette a exposé, à la séance du Conseil municipal de lundi le rapport de la 2e commission, conforme au mémoire du préfet sur la reconstruction des abattoirs de la Villette. Le projet - déjà voté l'an dernier aurait été modifié à la demande du ministre de l'Agriculture et pour des raisons suscitées par le Conseil d'Etat.
La dépense est évaluée à 180 millions. Le nouvel abattoir serait confié à une société en régie intéressée.
MM. Brandon, Contenot, Roéland, Lhenry et Luquet ont combattu la proposition.
Les abattoirs rapportent annuellement 7 millions à la ville. Pourquoi en faire bénéficier une société fermière? Si la proposition du préfet de la Seine était adoptée, elle contribuerait à endetter la ville pour une durée de 55 ans. De plus, l'augmentation des taxes et redevances perçues sur la viande par la société provoquerait, naturellement, une élévation du prix de la viande ! Eh!... lecteurs! qu'en pensez-vous? 

Les plaques de la S. T. C. R. P.
Rue du Faubourg St-Honoré, devant le n° 157, une plaque peinte en vert espérance réchampi de blanc d'argent annonce aux autobus et camions: RALENTIR, DANGER. Un peu plus loin, au n° 155, une autre plaque, de même teinte, apposée à un réverbère, commande: MARCHEZ AU PAS!
On fait bien les choses dans les quartiers riches!
Nous avons vu de semblables plaques dans la rue de Grenelle, dernièrement. Il paraît que pour la rue de Belleville, l'installation de ces plaques serait beaucoup plus difficile à obtenir!

A tous les arrêts obligatoires, sur ces voies bourgeoises, est fixé le petit appareil à numéros que vous connaissez. Il paraît que pour la rue de Belleville, l'installation du petit appareil... (Voir ci-dessus). M. Fiancette a promis qu'il s'emploierait de son mieux à faire aboutir quand même ces biens modestes revendications.

De la volonté souveraine
Je voudrais, si je ne craignais d'être accusé de pédantisme, dire pourquoi l'emploi de guérisseurs est, à mon avis, aussi louable que d'autres, en ce qui concerne le traitement de certaines maladies. Je n'aurais d'ailleurs, qu'à puiser dans les écrits de Messieurs les médecins eux-mêmes.
Il n'est plus mis en doute, aujourd'hui (après avoir été combattu par les facultés)! que la vitalité humaine ne dépend pas exclusivement d'agents physiques. Il faut tenir compte, désormais de l'action psychique. Magnétisme, ou tout autre mot, peu importe! Le fait est patent. Dioscoride l'avoue: «...magnétisme, sensibilité exceptionnelle à certaines radiations, ce qui est indiscutable, encore qu'on ne soit point parvenu à l'expliquer».
Constatons l'aveu, d'ignorance. Ces messieurs n'ont donc pas le droit de condamner à priori le traitement par suggestion, exécuté par un spécialiste, en cette seule matière. Chaque jour, des résultats mieux que satisfaisants, sont constatés, un peu partout. Déjà feu Charcot faisait des miracles à la Salpétrière, dernièrement Babinsky à la Pitié faisait marcher des paralytiques. Mais en dehors des diplômés, souvenons-nous du zouave Jacob, du père Antoine, et actuellement du père Coué. 
Jetons un «coup d'œil» sur les pèlerinages pour d'aucuns salutaires de Notre-Dame de la Salette, Paray-le-Monial, Saint-Anne d'Auray, Lourdes et récemment du Carmel de Lisieux... 
Ceci, seulement en France! Le monde entier est rempli de ces temples, de ces sources, ces fleuves, même (le Gange par exemple) dont les lieux n'ont de vertu miraculeuse que par la «foi» qu'ils soulèvent. Des expériences (de laboratoire, pourrait-on dire) ont démontré physiologiquement l'action de la volonté sur le processus morbide. La joie développe la leucocytose (fonction essentielle). Le chagrin augmente la cholestérine (toxique) Les sensations de bonheur ou de malheur agissent sur le groupe des cellules qui avoisinent le troisième ventricule (région qui règle l'ouverture des pupilles, etc..., et qui tient sous sa dépendance la proportion de sucre du sang, la température du corps et par conséquent le métabolisme tout entier, ainsi que les vaso-moteurs).
et favorable.
Ainsi en cherchant à modifier ces sensations lorsqu'elles sont anormales (au point de créer des lésions) le magnétiseur agit d'une façon extrêmement juste. Velpeau, chirurgien, a signalé la résorption d'abcès sous l'influence d'une émotion. De nombreux médecins ont pu obtenir par des procédés hypnotiques la disparition rapide des verrues. Le Docteur Vachet écrit: L'action du moral même, amène des effets puissants sur des phénomènes exclusivement organiques. Enfin notre moderne dioscoride reconnaît les guérisons obtenues par ceux qu'il appelle des thaumaturges, dans les sanctuaires de toutes les religions; qu'il les attribue à une régénération provoquée de l'influx nerveux? N'empêche qu'il accepte le fait. 
La seule question n'est plus que savoir, s'il faut pour faire un bon hypnotiseur, magnétiseur, ou tout bonnement «animateur de la volonté extérieure», posséder nombre d'inscriptions et de certificats, ou simplement être doué d'un certain privilège naturel.

Maurice MICHEL.

UN PEU DE RAISON S. V. P.
Les abus créés par la guerre ne se comptent plus. Quelques-uns sont nettement immoraux et l'opinion publique les désapprouve. Je n'en veux citer qu'un seul : une femme mariée a perdu son mari dans la tourmente. L'Etat lui alloue une pension à vie, même si elle se remarie.


Cette pension, dans l'esprit du législateur, est faite pour aider l'infortunée dont la guerre a supprimé le soutien. Il est parfaitement vrai qu'elle a éprouvé un dommage énorme et on peut même dire que nul somme ne peut le monnayer. Mais les ans aidant, il diminue et s'atténue au point où il devient pour ainsi dire nul. La vie seule, les nécessités courantes, le temps qui passe ont effacé le souvenir du disparu, et, laissant là l'austère voile de deuil, elle se pare à nouveau de l'éblouissante toilette de mariée. Un autre homme a donc remplacé le premier et il a peut-être été attiré par ce que j'appellerai la «rente du mort». Il serait parfaitement juste et moral que, automatiquement, par son mariage, la veuve de guerre soit dépossédée de sa pension, puisque le soutien que la guerre lui a ravi a été remplacé par elle. Qu'on s'en tienne exactement à la ligne de conduite tenus par nos gouvernants vis-à-vis des femmes non remariées et dont le conjoint illégal a été tué à la guerre. La pension qu'on leur alloue est supprimée: 
1° si elle contracte mariage; 
2° si elle vit maritalement; 
3° si la situation est aisée. 
Ce serait là, la loi rêvée pour les veuves de guerre et il est, du reste, parfaitement injuste d'établir une différence entre les unes et les autres.
Il faut donc espérer que cette loi immorale sera un jour rapportée. Les finances du pays ne sont pas suffisamment brillantes pour qu'il puisse distribuer des pensions qui n'ont aucunement leur raison d'être. 

André CHATELAIN.

 


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