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Araignées du soir   Le retour des princes
C'est l'évidence même, la République se doit de rappeler à elle tous ces N. de D. de princes dont Mac Nab célébra jadis l'expulsion en des strophes restées célèbres. A ce rappel il y a toute sorte de bonnes raisons. Voici la plus forte, qui peut être présentée en forme de dilemme: de deux choses l'une ou les prétendus prétendants sont devenus, avec le temps, tout à fait sages et inoffensifs et il n'existe plus aucun prétexte pour maintenir à leur égard une mesure de rigueur motivée par la sécurité de l'Etat ou bien, au contraire, ils continuent à ourdir contre le régime de noirs complots, et alors il faut s'empresser de les faire rentrer en France par tous les moyens, y compris l'extradition, car il est infiniment plus aisé de surveiller un conspirateur quand on l'a sous la main que lorsqu'il mijote ses petits coups à six cents kilomètres de la préfecture de police. Autres raisons de seconde qualité, mais dont vous serez pourtant très satisfaits : 1 Les princes héritiers doivent leur prestige à une illusion d'optique causée par la distance: de loin c'est quelque chose et de près ce n'est rien. Retirons-leur cet avantage; 2° La République ne doit pas se montrer inutilement tyrannique, même envers d'authentiques tyrans; 3° Les princes sont riches, M. Caillaux a besoin de contribuables; 4° On peut bien faire ce plaisir à M. Charles Maurras, qui s'use chaque matin la matière cérébrale pour faire rire ses compa- triotes. Etc., etc...
Bernard GERVAISE,
Araignées du soir Le retour des princes (Suite)
Cependant, Sa Majesté Philippe VII va un peu fort lorsqu'Elle reprend à son compte le cri de Victor Hugo proscrit : France !... Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours!» Des aïeux, l'héritier des quarante rois en a, certes, quelques-uns en France une quarantaine, au moins mais comme tous ces augustes prédécesseurs sont allés, de leur vivant, chercher femme à l'étranger, un simple calcul établit de façon irréfutable que notre gracieux souverain trouverait la majeure partie de son ascendance inhumée en terres autrichienne, allemande, polonaise, espa-gnole, italienne et autres, et qu'il lui faut faire le tour d'Europe pour déposer des fleurs sur ses différents caveaux de famille. Le duc d'Orléans aurait, en effet, mauvaise grâce à le nier : ce n'est pas seulement du vieux sang gaulois qui coule dans ses veines. Si l'on pouvait faire ce genre d'analyse et si les leucocytes portaient, comme les boîtes de camembert, un cachet d'origine, le praticien chargé de l'opération trouverait sous son microscope une jolie collection de globules cosmopolites. Il en est naturellement de même pour tous les monarques héréditaires, dont l'arbre généalogique s'est enrichi, à chaque génération, d'une greffe étrangère ; ils ont réalisé, bien avant les plus impatients révolutionnaires, la première internationale. Aussi peut-on charitablement espérer que les rigueurs de l'exil sont, pour eux, bien atténuées, si toutefois elles existent, car il n'y a guère d'exil possible pour qui se trouve partout chez soi.
Bernard GERVAISE
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